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Publié le 4 Septembre 2017

Genre : Roman

Date de parution : 2016

Quatrième de couverture :

Lorsque Myriam, mère de deux jeunes enfants, décide malgré les réticences de son mari de reprendre son activité au sein d’un cabinet d’avocats, le couple se met à la recherche d’une nounou. Après un casting sévère, ils engagent Louise, qui conquiert très vite l’affection des enfants et occupe progressivement une place centrale dans le foyer. Peu à peu le piège de la dépendance mutuelle va se refermer, jusqu’au drame.

A travers la description précise du jeune couple et celle du personnage fascinant et mystérieux de la nounou, c’est notre époque qui se révèle, avec sa conception de l’amour et de l’éducation, des rapports de domination et d’argent, des préjugés de classe et de culture. Le style sec et tranchant de Leïla Slimani, où percent des éclats de poésie ténébreuse, instaure dès les premières pages un suspense envoûtant.

Mon avis :

C'est un roman aussi cruel que fascinant.

L'issue fatale, que l'on connaît dès le début (un infanticide et une tentative de suicide), est amenée progressivement par un récit construit en analepse, dans lequel la tension monte inéluctablement. On sait à quelle situation dramatique le récit va aboutir, bien que rien ne laisse présager d'une telle horreur au début de l'histoire : des parents attentifs, un peu "bobos", une nounou (trop) parfaite, si aimante... Et pourtant, le personnage atypique et énigmatique de la nounou nous laisse peu à peu découvrir ses bizarreries, ses failles, son histoire, ce que les médecins nomment "sa mélancolie délirante"... Le drame, latent, approche insidieusement... pendant que le lecteur est plongé en apnée.

Ce livre a obtenu le Prix Goncourt 2016, le Grand Prix des Lectrices de "Elle" 2017 et le Grand Prix des Lycéennes de "Elle" 2017.

Dans le même style, je recommande L'enfant d'octobre de Philippe Besson, et D'après une histoire vraie de Delphine de Vigan, que j'ai tous les deux adorés.

Chanson douce, de Leïla Slimani

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Rédigé par Perrine

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Publié le 29 Janvier 2017

Genre : Roman (thriller)

Date de parution : 2007

Quatrième de couverture :

Juliette est une jeune militante écologiste, fragile et idéaliste. Elle participe à une opération commando pour libérer des animaux de laboratoire. Cette action apparemment innocente va l'entraîner au cœur d'un complot sans précédent qui, au nom de la planète, prend ni plus ni moins pour cible l'espèce humaine.

L'agence de renseignements privée « Providence », aux États-Unis, est chargée de l'affaire. Elle recrute deux anciens agents, Paul et Kerry, qui ont quitté les services secrets pour reprendre des études, l'un de médecine, et l'autre de psychologie. Leur enquête va les plonger dans l'univers terrifiant de l'écologie radicale et de ceux qui la manipulent. Car la défense de l'environnement n'a pas partout le visage sympathique qu'on lui connaît chez nous. La recherche d'un Paradis perdu, la nostalgie d'un temps où l'homme était en harmonie avec la nature peuvent conduire au fanatisme le plus meurtrier.

Du Cap-Vert à la Pologne, du Colorado jusqu'aux métropoles brésiliennes, Le parfum d'Adam est un thriller planétaire haletant. Mais ce roman d'aventures est aussi un voyage littéraire, où l'on retrouve les portraits, les paysages et l'humour qui ont fait le succès de L'Abyssin ou de Rouge Brésil.

Mon avis :

J'admire l'éclectisme de Jean-Christophe Rufin. C'est un homme qui excelle dans de nombreux domaines : non seulement la médecine, l'humanitaire, l'histoire, la diplomatie et la politique, mais aussi, non des moindres, la littérature.

Ce roman de plus de 700 pages constitue un sacré travail de recherche et de réflexion sur l'écoterrorisme ; c'est un thriller rondement mené, à la fois captivant, réaliste et pertinent.

J'ai trouvé le thème de l'écoterrorisme extrêmement intéressant. En effet, je partage de nombreuses convictions tirées de l'écologie et de l'antispécisme, comme quoi l'Homme n'est qu'une espèce parmi d'autres sur le vaisseau Terre, qui a pris le dessus, n'ayant plus de prédateur naturel et en pleine expansion démographique grâce aux progrès de la médecine et de l'agroalimentaire. L'Homme est responsable aujourd'hui de la déforestation, du réchauffement climatique, de l'acidification des océans et de la 6ème extinction massive des espèces (cf. mon article sur le roman éponyme d'Elizabeth Kolbert).

Les partisans de l'écoterrorisme partagent cette thèse et pensent que la survie de la planète est subordonnée au contrôle des populations humaines ; personne ne peut nier qu'une planète aux ressources limitées ne peut subvenir à un nombre infiniment croissant d'humains. Jusque là, rien de très choquant, tant qu'il ne s'agit que de théorie. Ces idées, en effet, sont admissibles d'un point de vue théorique et logique, mais dérangeantes, voire choquantes, d'un point de vue éthique ! Les idées de Malthus s'en rapprochent et franchissent un cap : celui-ci soutenait que les famines, les épidémies et les guerres n'étaient que des moyens naturels de régulation des populations humaines, et qu'il ne fallait donc pas chercher à les enrayer. William Aiken disait même : "Une mortalité humaine massive serait une bonne chose. [...] C'est le devoir de notre espèce, vis-à-vis de notre milieu, d'éliminer 90% de nos effectifs" !

Rufin, dans son roman, imagine donc un groupe d'écologistes radicaux qui prennent pour cible l'espèce humaine, et cherchent des moyens concrets pour rétablir les équilibres naturels...

La question, politiquement incorrecte, à la fois inquiétante et passionnante, que je me suis posée est la suivante : entre les thèses écologistes et antispécistes, qui replacent l'homme au centre de la nature comme une espèce parmi tant d'autres (cf. mon article sur Earthforce, de Paul Watson, qui combat l'anthropocentrisme) et le malthusianisme, y a-t-il un monde, un fossé ou bien une frontière ambiguë et ténue ? En effet, ne justifie-t-on pas la chasse comme un moyen de régulation des espèces animales au nom de l'équilibre de la biodiversité ? Dans ce cas, pourquoi ne pas appliquer cette thèse aux humains, qui sont les premiers responsables de la destruction de la nature ? Évidemment mon humanisme ne peut que réfuter fermement de telles idées (que j'aurais envie d'appeler inepties !), mais je trouve la question, quoique polémique, suffisamment intéressante pour être posée...

Le parfum d'Adam, de Jean-Christophe Rufin

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Rédigé par Perrine

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Publié le 18 Janvier 2017

Genre : Roman

Date de parution : 2015

Quatrième de couverture :

« Ce livre est le récit de ma rencontre avec L. L. est le cauchemar de tout écrivain. Ou plutôt le genre de personne qu’un écrivain ne devrait jamais croiser. »

Dans ce roman aux allures de thriller psychologique, Delphine de Vigan s’aventure en équilibriste sur la ligne de crête qui sépare le réel de la fiction. Ce livre est aussi une plongée au cœur d’une époque fascinée par le Vrai.

Mon avis :

Ce roman a obtenu le prix Renaudot et le prix Goncourt des lycéens de l'année 2015. Je l'ai trouvé absolument haletant, subjuguant à l'instar du personnage de L. Je n'ai pas pu le lâcher et l'ai lu d'une traite... Que dire de plus pour donner envie de le lire ? Peut-être que c'est, à ce jour, mon roman préféré de Delphine de Vigan.

Fiction ou réalité, D'après une histoire vraie est pour le moins troublant, et porte bien son nom. Psychologiquement, c'est un coup de maître avec un savant mélange de réalisme et de fantastique, et une dimension psychiatrique teintée de paranoïa et de schizophrénie. Sans parler de la fin... absolument jouissive ! Je le recommande sincèrement.

D'après une histoire vraie, de Delphine de Vigan

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Rédigé par Perrine

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Publié le 17 Avril 2016

Genre : Roman

Date de parution : 2014

Quatrième de couverture :

Jenna et Joanna, deux écrivaines à succès, mènent une vie tranquille entre leurs familles et les plateaux de télévision. Dans le monde simplifié qui est le leur, les livres sont devenus de banals objets, dont la valeur et l'intérêt s'arrêtent à la couverture. Présentateur, acheteur ou écrivain, plus personne ne songe à les ouvrir. Le geste est tombé dans l'oubli. Mais cette simplification va plus loin et s'étend à tous les domaines de la vie. La musique est un objet. Les enfants peuvent être des autocollants. Les amis ne sont plus qu'un mot. Il n'y a plus de for intérieur.

Satire du monde du livre ou fable hyperréaliste, ce roman est avant tout une réflexion sur les façons que nous avons de vivre aujourd'hui. Dans cet univers confiné aux accents futuristes on progresse entre inquiétude et rire, pour s’apercevoir enfin que c’est de notre quotidien qu’il s’agit.

Roman à l'implacable logique, L'infini livre est porté par une profonde ironie.

Mon avis :

Noëlle Revaz nous plonge dans un univers effrayant, mais pas si éloigné de la réalité, où le livre perd sa fonction pour ne devenir plus qu'un faire-valoir : plus personne ne l'ouvre, seules comptent sa couverture et la publicité de son auteur. Les écrivains n'en sont d'ailleurs plus réellement puisque leurs livres sont composés grâce à des algorithmes dans les maisons d'éditions. Il en est de même pour la musique, fabriquée à partir de matrices, les amis et même les enfants, que de simples stickers collés aux vitres peuvent remplacer, l'essentiel étant de donner illusion. Tout n'est plus qu'apparence, on ne creuse plus au fond des choses qui sont vidées de toute substance.

Dans ce roman très particulier, Noëlle Revaz se joue du culte de l'image qui est en vogue dans notre société, et dénonce les abus de ce mode de pensée superficiel où l'habit fait le moine. C'est un roman intéressant, mais assez dérangeant, qui remet en question l'évolution de notre société et ne laisse pas indifférent. Il a reçu le Prix Suisse de littérature 2015.

L'infini livre, de Noëlle Revaz

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Rédigé par Perrine

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Publié le 17 Avril 2016

Genre : Témoignage

Date de parution : 2002

Quatrième de couverture :

Si les mots peuvent blesser, le silence peut tuer. Ce récit bouleversant raconte le lent meurtre psychique qui a détruit, petit à petit, une famille « ordinaire ».
Confrontée, après des années d'ignorance, à l'autisme de son fils, Renée cherche à connaître les causes de cette maladie où l'enfant refuse le monde. Cette pénible quête va la ramener à sa propre enfance, austère, entre une mère soumise et un père tyrannique. Au fur et à mesure que son mari et elle découvrent la réalité du mal, le passé se réveille et lève un voile sur une vérité insoutenable.
À travers cette poignante confession sur l'enfermement et la solitude, récit de vies brisées, Renée Guillaume aborde cet autisme-là non comme une fatalité mais comme un mal que l'on peut soigner, à la seule condition d'en retracer les origines profondes.

Mon avis :

Ce livre, à caractère biographique et documentaire, m'a particulièrement marquée. Je suis amenée, par mon métier d'orthophoniste, à travailler auprès d'enfants autistes et c'est pour cette raison que j'ai eu envie de le lire. C'est un témoignage bouleversant et très prenant. Je n'ai cessé de me demander, au fil de la lecture, si cette histoire pouvait être vraie, tant elle est éprouvante. On entre littéralement dans l'intimité d'une famille, en apparence comme les autres, mais dont l'enfant est autiste. On découvrira au fil de l'histoire les secrets de famille qui pèsent sur les générations antérieures, et l'environnement délétère dans lequel a grandi cet enfant.

Le livre est très axé sur la psychanalyse et le rôle de l'environnement dans l'apparition de la maladie, ce qui aurait pu me rebuter, mais cette approche, inhabituelle pour moi, a justement été intéressante et éclairante pour ce cas particulier.

Un silence assourdissant, de Renée Guillaume

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Rédigé par Perrine

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Publié le 3 Janvier 2016

Genre : Roman

Date de parution : 1997

Quatrième de couverture :

Eux, c'est une famille de Gitans installés illégalement sur un terrain vague de la banlieue parisienne - ils n'ont rien d'autre que " leur caravane et leur sang". Elle, c'est une bibliothécaire douce et généreuse, une "gadjé", qui a l'amour des livres. Le roman raconte leur rencontre inattendue, lorsque la jeune femme décide d'initier les enfants du camp au plaisir de la lecture.

Mon avis :

Parmi toutes les raisons qui m'ont donné l'envie de lire ce livre, j'en citerai quatre : la beauté du titre "Grâce et dénuement", la valeur de l'auteur, Alice Ferney (dont L'élégance des veuves m'avait subjuguée), les thèmes abordés (la société, le milieu du livre et l'éducation à la culture ; le monde des gitans que j'avais déjà découvert en littérature avec Mon amour, ma vie, qui m'avait énormément marquée), et l'obtention du prix "Culture et bibliothèque pour tous".

Mes attentes étaient donc élevées avant même la lecture de ce roman... Pour autant je n'ai pas été déçue ! Le personnage d'Esther, la bibliothécaire, est admirable tant pour son dévouement que pour son amour des enfants et des livres, et cette histoire m'a redonné conscience de la chance que j'ai d'exercer le métier d'orthophoniste, et de pouvoir ainsi aider des enfants en difficultés, y compris issus de familles défavorisées, à accéder au plaisir de la lecture.

Extraits :

"Les enfants allaient adorer cette histoire. [...] Elle lisait au hasard des pages en se réjouissant. [...] Il y avait un secret au cœur des mots. Il suffisait de lire pour entendre et voir, et l'on n'avait que du papier entre les mains. Il y avait dans les mots des images et des bruits, la place de nos peurs et de quoi nourrir nos cœurs. Elle ne s'arrêtait plus de lire."

***

"C'est de la douleur d'aimer, ça c'est bien sûr, mais c'est tout pire de ne pas aimer. [...] On est fait pour ça. [...] Ne te garde pas. Ce qu'on garde pour soi meurt, ce qu'on donne prend racine et se développe. [...] L'amour c'est le plus difficile. Ça vous prend, ça vous malmène, ça vous agite. Et puis quand on croit que c'est gagné, qu'on a dans sa vie celui qu'on voulait, ça se lasse, ça se fatigue, ça se remplit de doute. Mais c'est que dans ce manège qu'on a l'impression de vivre."

Grâce et dénuement, d'Alice Ferney

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Rédigé par Perrine

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Publié le 14 Décembre 2015

Genre : Roman

Date de parution : 1981

Quatrième de couverture :

Elle a trente ans, elle est professeur, mariée à un " cadre ", mère de deux enfants. Elle habite un appartement agréable. Pourtant, c'est une femme gelée. C'est-à-dire que, comme des milliers d'autres femmes, elle a senti l'élan, la curiosité, toute une force heureuse présente en elle se figer au fil des jours entre les courses, le dîner à préparer, le bain des enfants, son travail d'enseignante. Tout ce que l'on dit être la condition " normale " d'une femme.

Mon avis :

La femme gelée est un roman très féministe d'Annie Ernaux, et une fois de plus à fort caractère autobiographique. Il retrace la vie de l'héroïne, de son enfance jusqu'à l'âge adulte, abordant ses rêves d'enfant, puis d'adolescente, et ses diverses influences (modèles parentaux, amitiés et rencontres amoureuses). Il en ressort l'importance de la différence de statut, de rôle et de traitement des hommes et des femmes dans la société. J'ai été touchée en tant que lectrice...

Voici deux extraits que j'ai particulièrement aimés :

- Sur la découverte et l'amour de la littérature :

"Surtout, n'importe où, n'importe quand, se plonger dans la lecture. [...] Je lui envie ce visage étrange, refermé, parti de moi, de nous, ce silence où elle sombre, son corps alourdi d'un seul coup par une parfaite immobilité. [...] Vivement que je sache lire, puis vivement que je comprenne ces longues histoires sans images qui la passionnent. Un jour vient où les mots de ses livres à elle perdent leur lourdeur anônnante. Et le miracle a lieu, je ne lis plus des mots, je suis en Amérique, j'ai dix-huit ans, des serviteurs noirs, et je m'appelle Scarlett, les phrases se mettent à courir vers une fin que je voudrais retarder. Ça s'appelle Autant en emporte le vent. [...] Elle n'a jamais su s'expliquer merveilleusement. Mais on se comprenait. A partir de ce moment il y a eu entre nous ces existences imaginaires que mon père ignore ou méprise suivant les jours "perdre son temps à des menteries, tout de même". Elle rétorquait qu'il était jaloux. Je lui prête ma Bibliothèque verte, Jane Eyre et Le Petit Chose, elle me file La Veillée des chaumières et je lui vole dans l'armoire ceux qu'elle m'interdit, Une vie ou Les dieux ont soif. On regardait ensemble la devanture du libraire de la place des Belges, parfois elle proposait "veux-tu que je t'en achète un ?". Pareil qu'à la pâtisserie, devant les meringues et les nougatines, le même appétit, la même impression aussi que c'était pas très raisonnable. [...] la seule différence avec les gâteaux, à part Delly et Daphné du Maurier, elle n'était pas calée. Ça sentait le sec, une poussière fine, agréable. [...] Elle me promettait pour plus tard un beau livre, Les Raisins de la colère et elle ne voulait ou ne savait pas me raconter ce qu'il y avait dedans, "quand tu seras grande". C'était magnifique d'avoir une belle histoire qui m'attendait, vers quinze ans, comme les règles, comme l'amour. Parmi toutes les raisons que j'avais de vouloir grandir il y avait celle d'avoir le droit de lire tous les livres. Bovaries de quartier, bonnes femmes aux yeux fermés sur des rêves à la con, toutes les femmes ont le cerveau romanesque, c'est prouvé, qu'est-ce qu'ils ont tous, cette hargne, même mon père, et lui, quand il me verra le soir assise sans rien faire, qu'est-ce que tu fous, à rêver trois fois rien ?"

- Sur la liberté de la vie d'étudiante :

"Quatre années. La période juste avant.

Avant le chariot du supermarché, le qu'est-ce qu'on va manger ce soir, les économies pour s'acheter un canapé, une chaîne hi-fi, un appart. Avant les couches, le petit seau et la pelle sur la plage, les hommes que je ne vois plus, [...] le gigot qu'il aime par-dessus tout et le calcul réciproque des libertés perdues. Une période où l'on peut dîner d'un yaourt, faire sa valise en une demi-heure pour un week-end impromptu, parler toute une nuit. Lire un dimanche entier sous les couvertures. S'amollir dans un café, regarder les gens entrer et sortir, se sentir flotter entre ces existences anonymes. Faire la tête sans scrupule quand on a le cafard. Une période où les conversations des adultes installés paraissent venir d'un univers futile, presque ridicule, on se fiche des embouteillages, [...] du prix du bifteck et de la météo. [...] Toutes les filles l'ont connue, cette période, plus ou moins longue, plus ou moins intense, mais défendu de s'en souvenir avec nostalgie. Quelle honte ! Oser regretter ce temps égoïste, où l'on n'était responsable que de soi, douteux, infantile. [...].

Pour moi quatre années où j'ai eu faim de tout, de rencontres, de paroles, de livres et de connaissances. Étudiante, même boursière, pour la liberté et l'égoïsme c'était rêvé. Une chambre loin de la famille, des horaires de cours lâches, manger ou ne pas manger régulièrement, se mettre les pieds sous la table au restau universitaire ou préférer un thé sur son lit en lisant Kafka. [...] [Ma mère] me pose des questions avides et naïves sur ma nouvelle vie et complice, me glisse vingt francs dans la main, si tu as besoin de quelque chose, des livres, boire des cafés... Pas d'autres besoins assurément."

La femme gelée, d'Annie Ernaux

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Rédigé par Perrine

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Publié le 29 Octobre 2015

Genre : Roman

Date de parution : 2011

Quatrième de couverture :

Guernica, avril 1937. Jeune peintre autodidacte, Basilio passe son temps dans les marais à observer des hérons cendrés. Ce n'est pas qu'il se sente extérieur au conflit, il a même cherché à s'enrôler dans l'armée républicaine. Mais tandis que les bombardiers allemands sillonnent déjà le ciel, il s'acharne à rendre par le pinceau le frémissement invisible de la vie, dans les plumes d'un de ces oiseaux hiératiques. Dans quelques heures, Guernica sera une ville en cendres, mais c'est un peintre autrement célèbre qui va en rendre compte, magistralement.
L'un comme l'autre, pourtant, le petit peintre de hérons tout autant que le Picasso mondialement connu, nous interrogent sur les tragédies de la guerre et la nécessité de l'art pour en témoigner.

Mon avis :

A Guernica, Basilio, jeune peintre réaliste, tente de reproduire la grâce d'un héron sur sa toile, afin de l'offrir à celle qu'il aime. La beauté de la nature, le pouvoir apaisant de la peinture et le calme des marais s'opposent à l'horreur de la guerre qui fait rage au même moment.

D'un autre côté, Picasso a su représenter l'horreur à Guernica sur sa célèbre toile éponyme, sans y avoir assisté...

Ce livre suggère une rencontre entre ces deux artistes, et la confrontation de leurs courants, réalisme et cubisme. Plein de poésie, il invite le lecteur à réfléchir sur le pouvoir et les limites de la peinture pour exprimer le réel (visible et invisible), et sur le rôle et la subjectivité de l'art... Peindre pour survivre ou pour dénoncer ? Reproduire ou symboliser ?

C'est un livre intrigant, qui pose plus de questions qu'il n'apporte de réponses... et que je lirais bien une deuxième fois !

Voici quelques extraits intéressants :

« Alors je comprends pas, avait dit Basilio.
Qu'est-ce que tu ne comprends pas ?
Je comprends pas comment il peut peindre sur les évènements de Guernica, s'il n'y était pas quand cela s'est produit.
Les artistes peuvent faire ça, avait dit le curé. Tu ne finis pas ta soupe ?
Non. »

***

« Avant de lui poser dans les mains, il faudra lui répéter combien le héron peint est différent du héron que l'on voit et encore plus du héron tout court, tel qu'en lui-même.

Il lui dira aussi qu'il regrette un peu cette idée de lui donner une peinture de héron. Que bien sûr il est heureux de pouvoir lui offrir quelque chose ; et en même temps, que le moindre caillou ramassé par terre aurait sûrement plus de valeur.

Bien entendu, elle protestera. Mais il voudra qu'elle comprenne. Lui offrir un caillou, ce serait l'inviter à porter un regard sur un objet véritable. Sur une chose d'origine, et non pas une esquisse de représentation, forcément imparfaite. »

***

« Basilio se dit qu’il conviendrait peut-être un jour ou l’autre de se résoudre à oublier le héron lui-même pour ne s’intéresser qu’à l’abîme qui s’ouvre à l’interstice de son regard. Plonger un peu là-dedans, et seulement ça.

D’ailleurs, de cette façon, on pourrait au passage abandonner tout le reste. Le héron lui-même donc, son plumage, ses allures fières, la flèche de son bec, mais aussi tout ce qui façonne son environnement. La roselière, les aulnes, les reflets dans l'eau du marais, la couleur du ciel. Dans cette exploration réduite aux entrailles du modèle, on cesserait de se poser la question du dehors ; de la place du dehors dans la peinture. On se dirait que oui, sans doute, la réalité profonde du héron peut être détachée de celle de la matière et des paysages qui l'entourent.

A la vérité, Basilio en douterait plutôt, sans parvenir à distinguer pour de bon ce qui lie ensemble l'une et l'autre de ces réalités. »

***

« Son regard fait plusieurs fois l'aller-retour entre son esquisse et le héron [...].

Il goûte quelque chose de cette œuvre inachevée.

Inachevée, c'est-à-dire en devenir, avec tous les espoirs que cela porte encore. Avec les libertés que ça laisse aussi, dans la lecture des espaces vides. »

***

« Toutes les choses qu'on ne voit pas. Tout ce qui palpite sans figurer sur les images, ce qu'on éprouve avec force et qui se refuse à nos sens premiers. Et dont on voudrait tellement témoigner pourtant. »

***

« C’est d’abord ça qu’il voudrait rendre dans sa peinture. Cette sorte de dignité, qui tient aussi du vulnérable, du frêle, de la possibilité du chancelant. »

***

« C'est drôle quand même. Moi je parle de gars qui se font tuer pendant que toi, tu t'emmerdes à peindre le plumage d'un héron. »

***

« Il lui apparaît que la vérité de ce qu'ils sont en train de vivre, lui et ceux de Guernica dont le cœur n'a cessé de battre, ne peut s’accommoder de découpages. C'est un tout dont on ne peut rien extraire sans risquer la supercherie. Ce qui se voit ne compte pas plus que ce qui reste invisible, que ce qui pourrait apparaître, ou qui se tient en attente derrière les angles de murs ; que ce qui va surgir, d'un instant à l'autre, du ventre des nuages. »

Le héron de Guernica, d'Antoine Choplin

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Rédigé par Perrine

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Publié le 26 Octobre 2015

Genre : Roman

Date de parution : Août 2008

Quatrième de couverture :

Elena, une jeune Roumaine née en Bessarabie et ballottée par l'Histoire, rencontre à un bal en 1958 un homme dont elle tombe passionnément amoureuse. Il est juif, et ses parents s'opposent au mariage. Elena finit par épouser Jacob et par réaliser son rêve : quitter la Roumanie communiste et antisémite de Ceausescu. Émigrer aux États-Unis.

Elle devient américaine, et se fait appeler Helen. Elle a rompu avec le passé, mais l'avenir n'est plus un rêve. Helen est maintenant confrontée à une réalité qui lui échappe : la maladie et la dépression de son mari ; l'indépendance de ce fils à qui elle a tout sacrifié, et qui épouse une Française malgré l'opposition de ses parents.

Cette jeune femme égoïste, arrogante, imbue d'un sentiment de supériorité presque national, Helen ne l'aime pas. Cette belle-mère dont le silence recèle une hostilité croissante, Marie en a peur. Pourtant, entre ces deux femmes que tout oppose - leur origine, leurs valeurs et leur attachement au même homme -, quelque chose grandit qui ressemble à de l'amour.

Mon avis :

J'ai apprécié ce roman, bien construit et agréable à lire. C'est l'histoire de la relation entre deux femmes : une femme et sa belle-fille, une femme et sa belle-mère...

Elles sont différentes, et pourtant quelque chose les rapproche : leur amour pour le même homme, un fils pour l'une, un mari pour l'autre. Leur relation va évoluer sensiblement de la haine à l'amour.

Ce roman traverse et retrace la vie entière d'une femme, Elena ou Helen : de fille à mère, belle-mère, grand-mère et veuve. Il offre d'autre part un contexte historique riche et intéressant en passant de la Roumanie communiste et totalitaire à la vie actuelle de Paris et des Etats-Unis.

Ce livre a reçu le Prix Goncourt des lycéens 2008.

Un brillant avenir, de Catherine Cusset

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Rédigé par Perrine

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Publié le 26 Octobre 2015

Genre : Roman

Date de parution : Août 2014

Quatrième de couverture :

La condition pavillonnaire nous plonge dans la vie parfaite de M.-A., avec son mari et ses enfants, sa petite maison. Tout va bien et, cependant, il lui manque quelque chose. L’insatisfaction la ronge, la pousse à multiplier les exutoires : l’adultère, l’humanitaire, le yoga, ou quelques autres loisirs proposés par notre société, tous vite abandonnés. Le temps passe, rien ne change dans le ciel bleu du confort. L’héroïne est une velléitaire, une inassouvie, une Bovary… Mais pouvons-nous trouver jamais ce qui nous comble ?

Un roman profond, moderne, sensible et ironique sur la condition féminine, la condition humaine.

Mon avis :

Ce livre est un conte moderne, qui pose la question du bonheur dans notre société. Le lecteur est spectateur de la vie de l'héroïne, qui file et qui défile... M.-A. a tout pour elle, mais ne cesse de chercher le bonheur partout ailleurs, s'adonnant à corps perdu à de multiples faux-fuyants.

Ce n'est qu'au terme de sa vie qu'elle réalisera qu'elle a gâché son existence à chercher ailleurs quelque chose qui était à portée de main, dont elle n'estimait pas la précieuse valeur... Fin brutale, tragique, et message édifiant.

J'ai beaucoup aimé l'écriture et le style de la narratrice qui, inconnue jusqu'au bout du livre, s'adresse à l'héroïne par le tutoiement.

La condition pavillonnaire, de Sophie Divry

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Rédigé par Perrine

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