Articles avec #essais tag

Publié le 4 Avril 2017

Genre : Essai

Date de parution : 2016

Quatrième de couverture :

« L'antispécisme milite pour l'intégration de tous les êtres vivants sensibles dans une même famille de considération morale. Vu sous un autre angle, cela signifie que l'antispécisme revendique l'appartenance de l'espèce humaine à une communauté beaucoup plus large qu'elle-même, celle des animaux. Il s'agit de notre communauté initiale, dont nous
ne sommes jamais sortis, malgré nos tentatives désespérées pour le faire croire et l'obstination à renier nos origines. Nous ne sommes que les jeunes visiteurs d'un zoo égaré au milieu de nulle part. »

Antispéciste explore la génétique, la cosmologie, l'éthologie, le droit et la philosophie pour expliquer pourquoi nous sommes tenus aujourd'hui d'accorder certains droits fondamentaux aux animaux non humains sensibles. Mais cette extension de notre sphère de considération morale s'inscrit dans une réflexion beaucoup plus large. En invitant à repenser le vivant et la place de l'homme dans l'univers, Antispéciste décrypte les raisons de l'échec de l'écologie politique traditionnelle et propose un nouveau projet nommé l'écologie essentielle, qui doit aboutir à une réforme constitutionnelle pour prendre en compte la valeur intrinsèque de tous les êtres vivants.

Antispéciste pose également des questions inédites : qui sont les animalosceptiques ? Pourquoi l'antispécisme est-il un combat social ? Pourquoi Superman est-il un superhéros antispéciste ? Pourquoi le vrai but de l écologie est-il en réalité de faire sortir l'homme de la nature ? Qu'est-ce que la réduction de l'empreinte négative ? Pourquoi les éleveurs ont-ils intérêt à rejoindre les antispécistes ?

Antispéciste est un appel au soulèvement des consciences. Un appel à la révolte individuelle. Un appel à un nouvel humanisme.

Aymeric Caron est journaliste et écrivain. Il est l'auteur d Envoyé Spécial (2003), No Steak (2013) et Incorrect (2014). Il invite à une nouvelle réflexion sur la nature et les droits des animaux.

Mon avis :

Tout d'abord je tiens à préciser que cette lecture fait partie de celles qui dérangent, en remettant en cause notre modèle actuel de société. Conservateurs, si vous lisez ce blog...

D'ailleurs je ne pense pas qu'une personne non sensibilisée au préalable sur le sujet puisse changer de but en blanc ses opinions et son mode de consommation après la lecture de ce livre. Le croire serait aussi utopique que dangereux, car chacun doit pouvoir prendre le temps de se forger son opinion, à partir de sources diverses. Cela dit, ce livre constitue une bonne ouverture sur le sujet car il l'aborde dans sa globalité et est suffisamment documenté pour engager le lecteur dans des réflexions pertinentes et en toute connaissance de cause. L'auteur, journaliste engagé, anticipe et analyse méticuleusement tous les arguments potentiels de ses détracteurs afin d'y confronter les siens.

Je connaissais déjà un peu l'antispécisme, en particulier par le biais de la revue Cahiers antispécistes et de l'association L214, et j'avais d'ailleurs déjà publié sur ce blog des extraits d'Earthforce de Paul Watson (un livre qui m'a marquée et converge vers ces idées, quoique peut-être un peu plus virulent car il s'adresse déjà à un public de militants convaincus). Je suggère également la lecture du Parfum d'Adam de Jean-Christophe Rufin, qui pose justement les limites et les dangers de tout aveuglement pour une thèse, quelle qu'elle soit. Voici les liens vers les articles respectifs :

- http://grainedelivre.over-blog.com/2016/02/citations-de-earthforce-de-paul-watson.html

- http://grainedelivre.over-blog.com/2017/01/le-parfum-d-adam-de-jean-christophe-rufin.html

Ce que j'ai apprécié dans Antispéciste, c'est qu'Aymeric Caron creuse dans une multitude de directions pour aborder le sujet : philosophie morale, cosmologie, génétique, éthologie, écologie, droit, politique, économie, santé publique. Pour autant, et c'est ça qui fait la richesse du débat, je ne suis pas d'accord avec tout ce qu'il avance, notamment au sujet de sa critique de l'écologie politique.

L'idée, c'est qu'il faut tenir compte des avancées scientifiques relativement récentes qui prouvent de plus en plus l'intelligence des animaux : les mammifères (rats, porcs, dauphins), les oiseaux (corbeaux, perroquets, poules) mais aussi les abeilles, les fourmis, les poulpes... Si notre société est depuis longtemps omnivore, on ne peut pas, sous couvert de tradition, voiler la réalité et continuer à traiter des êtres sensibles comme des objets à vendre, exploiter et consommer, en négligeant leurs besoins physiologiques primaires (les conditions d'élevage, si l'on se renseigne un minimum, sont en effet catastrophiques). Les cirques et les zoos sont également concernés. Si, comme l'auteur l'explique, on restait fidèle à nos "traditions", on soutiendrait encore que la Terre est plate et l'esclavage existerait encore...

Et il va d'autant plus falloir changer nos habitudes de consommation que l'élevage intensif (et il l'est forcément compte tenu de l'accroissement de la population humaine mondiale) est une catastrophe environnementale (consommation d'eau, alimentation du bétail, émissions de gaz à effets de serre), économique (les éleveurs vivent actuellement plus de subventions que des revenus tirés de leur activité), sanitaire (antibiorésistance, grippe aviaire) et j'en passe !

Notre société est actuellement spéciste parce qu'elle considère par exemple qu'un chat a le droit d'être choyé dans un foyer tandis qu'un porc ou un canard peuvent vivre dans des conditions abominables, entassés les uns sur les autres et sans voir la lumière du jour, puisqu'ils sont destinés à être consommés... Le spécisme, en traitant différemment les individus en fonction de leur appartenance à telle ou telle espèce, serait donc l'équivalent du racisme. En 1789, dans son Introduction au principe de morale et de législation, Bentham écrivait déjà : "Peut-être le jour viendra où le reste du règne animal retrouvera ces droits qui n'auraient jamais pu lui être enlevés que par la tyrannie. Les Français ont déjà réalisé que la peau foncée n'est pas une raison pour abandonner sans secours un être aux caprices d'un persécuteur. Peut-être finira-t-on un jour par s'apercevoir que le nombre de jambes, la pilosité de la peau ou l'extrémité de l'os du sacrum sont des raisons tout aussi insuffisantes d'abandonner une créature sensible au même sort. Quoi d'autre devrait tracer la ligne de démarcation ?" Pas les capacités intellectuelles ni langagières, d'après lui : "[...] un cheval parvenu à maturité ou un chien est par-delà toute comparaison un animal plus sociable et plus raisonnable qu'un nouveau-né d'un jour, d'une semaine ou même d'un mois. [...] La question n'est pas : peuvent-ils raisonner. Ni : peuvent-ils parler ? Mais bien : Peuvent-ils souffrir ?"

Certains détracteurs de la cause animale évoqueront une hyper-sensiblerie ridicule, et je les entends déjà proposer sarcastiquement de ne plus rien manger (après tout, les pommes elles aussi sont vivantes). Attention justement aux amalgames et interprétations fallacieuses. D'une part, il est prouvé que les animaux et en particulier les mammifères et les oiseaux ont les mêmes substrats neurologiques que nous et qu'ils sont des êtres sensibles : ils ressentent le plaisir, l'attachement, la peine, la peur et la douleur... (ce qui, jusqu'à preuve du contraire, n'est pas encore le cas des pommes de terre !) D'autre part, ce n'est pas parce que l'on est antispéciste que l'on place les autres êtres vivants au-dessus de l'homme et que l'on devient un affreux Alceste. L'antispécisme n'est pas, comme certains aimeraient le faire croire, une vision extrémiste ou totalement déconnectée de la réalité.

Aymeric Caron anticipe d'ailleurs toutes les implications possibles de l'arrêt de l'exploitation animale, et admet par exemple qu'un certain nombre d'espèces domestiquées par l'homme disparaîtraient. Il ne nie aucunement les nouvelles problématiques que cela causerait, et c'est justement ça qui est intéressant.

Je recommande ce livre à toutes les personnes qui s'intéressent de près ou de loin à la cause animale, et se posent des questions sur la façon dont nous traitons aujourd'hui les animaux sensibles dans notre société.

Antispéciste : Réconcilier l'humain, l'animal, la nature, d'Aymeric Caron

Voir les commentaires

Rédigé par Perrine

Publié dans #Essais

Repost 0

Publié le 2 Avril 2017

Genre : Essai

Date de parution : 2011

Quatrième de couverture :

Vous trouverez dans ce livre des histoires de criminels invisibles, de canots de sauvetage qui risquent de couler si on ne sacrifie pas un passager, de machines à donner du plaisir que personne n'a envie d'utiliser, de tramways fous qu'il faut arrêter par n'importe quel moyen, y compris en jetant un gros homme sur la voie.
Vous y lirez des récits d'expériences montrant qu'il faut peu de choses pour se comporter comme un monstre, et d'autres expériences prouvant qu'il faut encore moins de choses pour se comporter quasiment comme un saint : une pièce de monnaie qu'on trouve dans la rue par hasard, une bonne odeur de croissants chauds qu'on respire en passant.
Vous y serez confrontés à des casse-tête moraux. Est-il cohérent de dire : "Ma vie est digne d'être vécue, mais j'aurais préféré de ne pas naître" ? Est-il acceptable de laisser mourir une personne pour transplanter ses organes sur cinq malades qui en ont un besoin vital ? Vaut-il mieux vivre la vie brève et médiocre d'un poulet d'élevage industriel ou ne pas vivre du tout ?
Cependant, le but de ce livre n'est pas de montrer qu'il est difficile de savoir ce qui est bien ou mal, juste ou injuste. Il est de proposer une sorte de boîte à outils intellectuels pour affronter le débat moral sans se laisser intimider par les grands mots ("dignité", "vertu", "devoir", etc.), et les grandes déclarations de principe ("Il ne faut jamais traiter une personne comme un simple moyen", etc.).
C'est une invitation à faire de la philosophie morale autrement, à penser l'éthique librement.

Ruwen Ogien est directeur de recherches au CNRS.

Mon avis :

S'il n'apporte pas de réponses toutes faites - loin s'en faut, et heureusement ! -, ce livre a le mérite de poser les bonnes questions et d'apporter des pistes de réflexions intéressantes selon différents courants de pensée : déontologisme Kantien, conséquentialisme ou éthique des vertus. Il met en confrontation nos diverses intuitions morales face à des expériences de pensée, tente d'apporter leurs justifications mais pose aussi leurs limites et leurs contradictions.

Avortement, procréation médicalement assistée, mères porteuses, clonage, OGM, exploitation  animale, utilitarisme... Il pose des questions complexes et apporte des éclairages théoriques pertinents pour ouvrir des débats riches et passionnants. Je le recommande à toutes les graines de philosophes !

L'influence de l'odeur des croissants chauds sur la bonté humaine, et autres questions de philosophie morale expérimentale, de Ruwen Ogien

Voir les commentaires

Rédigé par Perrine

Publié dans #Essais

Repost 0

Publié le 26 Février 2017

Genre : Essai (presse universitaire)

Date de parution : 2011

Quatrième de couverture :

Après Introduction à Jean Piaget  (1997), qui permettait de se familiariser avec les principaux concepts piagétiens et Inventer, compter et classer (2005) qui éclairait deux grands ouvrages piagétiens : La genèse du nombre et La genèse des structures logiques élémentaires, Annie Chalon-Blanc propose avec Piaget – Constructivisme-Intelligence –, un troisième manuel qui est un pari sur l’avenir de la théorie de Jean Piaget.

Deux thèmes sont  susceptibles, selon elle, de passer à la postérité : le constructivisme ou comment le sujet se construit progressivement un réel intelligible et la réversibilité des actes et/ou de la pensée, source de l’intelligence. Le constructivisme, car il apporte une réponse claire et originale à la question des rôles respectifs du sujet et des objets dans l’élaboration des connaissances. La réversibilité, parce que cette capacité qu’a le sujet de se saisir des actions disparues des données perceptives et de les composer entre elles pour déduire un élément commun, en dépit de leurs disparités, reste une conception révolutionnaire de l’intelligence. Des textes brefs peu célèbres mais explicites de Jean Piaget viennent enrichir les deux thèmes retenus.

L'auteur laisse délibérément de côté, ou presque, quelques notions classiques : les stades, le sujet épistémique, la filiation des structures, et autres, qui ont fait couler beaucoup d’encre au siècle dernier.

L’originalité de Jean Piaget est le propos essentiel de ce manuel destiné en priorité aux étudiants en psychologie, en sciences de l’éducation et aux futurs professeurs d’école, mais aussi à tous les professeurs et éducateurs spécialisés, qui trouveront dans le rapport des expériences simples et élégantes menées à Genève, des explications possibles des retards cognitifs auxquels ils sont confrontés, et des pistes de travail de rééducation.

Mon avis :

Je m'intéresse beaucoup à la construction de la logique chez l'enfant, de par ma profession d'orthophoniste et mes projets de formations complémentaires (entre autres le GEPALM, Groupe d'Etude sur la Psychopathologie des Activités Logico-Mathématiques). Je suis tout particulièrement intéressée par la théorie piagétienne : le constructivisme. C'est pourquoi je me suis lancée dans la lecture d'ouvrages, parmi lesquels La représentation du monde chez l'enfant, La psychologie de l'intelligence et Six études de psychologie de Jean Piaget, ou encore celui-ci (Piaget - Constructivisme - Intelligence, L'avenir d'une théorie) de Annie Chalon-Blanc, qui se veut peut-être un peu plus impartial, et qui a le mérite de prendre en compte les nouvelles données de la recherche en psychologie cognitive, pour ne retenir de Piaget que ce qui, d'après l'auteure, "passera à la postérité".

Ce qui me passionne particulièrement en psycho-pédagogie, c'est de n'avoir de cesse de se mettre au niveau de l'enfant, à sa place pour concevoir sa pensée et imaginer ce qui peut lui être accessible (autrement dit se mettre dans sa "zone proximale de développement", notion empruntée à Vygotski). En effet, beaucoup de choses nous paraissent évidentes pour nous, adultes, alors qu'elles sont le fruit de plusieurs années de construction active et de remaniement de notre pensée, et sont donc loin d'être des évidences acquises pour l'enfant tout venant, y compris celui ayant un développement normal et non pathologique.

J'ai apprécié dans cet essai les nombreuses citations d'expériences de Piaget, qui sont recontextualisées et expliquées par l'auteure, Maître de conférences en psychologie du développement.

Voici quelques exemples d'expériences surprenantes au sujet de la pensée de l'enfant, qui m'ont marquée et que je cite expressément car je ne saurais évidemment mieux les expliquer que l'auteur en personne :

- "[...] la référence correcte des objets désignés par les préconcepts et les concepts intuitifs est parfois instable : la lune est démultipliée en fonction de ses formes différentes, tandis que les limaces sont singularisées parce qu'elles ont toutes le même aspect" (in La psychologie de l'intelligence, de Piaget) ;

- "Deux mobiles A et B partent ensemble du même point dans la même direction. Bien que l'un dépasse l'autre, les jeunes sujets disent qu'ils partent en même temps, mais qu'ils ne s'arrêtent pas au même moment, tout en reconnaissant que lorsque l'un s'arrête, l'autre ne marche plus ! Quand cette simultanéité des arrêts, niée jusque vers 6 ans, est reconnue, le sujet continue de ne pas croire à l'égalité de ces durées synchrones, et cela jusque vers huit ans. Les simultanéités des durées sont ainsi réduites à l'équation : plus vite = plus de temps" (in Psychologie et épistémologie, de Piaget) ;

- "Dans le cas d'une boîte contenant un jeton blanc et deux rouges, si l'on demande aux jeunes sujets la couleur qui a le plus de chances de sortir en ne prenant qu'un seul jeton, ils répondent en général : "le blanc puisqu'il n'y en a justement qu'un". Dès sept ou huit ans au contraire, il y a début de quantification de la probabilité" (in Logique et connaissance scientifique, de Piaget).

En bref, ce n'est pas une lecture facile, mais elle est accessible si l'on est concentré et prend le temps de la réflexion, et je l'ai trouvée vraiment passionnante. Pour les intéressés, je recommande également le site du GEPALM et le blog d'Annie Chalon-Blanc, ainsi que l'ouvrage Introduction à Jean Piaget, de cette même auteure.

Piaget - Constructivisme - Intelligence, L'avenir d'une théorie, de Annie Chalon-Blanc

Voir les commentaires

Rédigé par Perrine

Publié dans #Essais

Repost 0

Publié le 8 Décembre 2016

Genre : Documentaire

Date de parution : Août 2015

Quatrième de couverture :

Depuis l’apparition de la vie sur Terre, il y a eu cinq extinctions massives d’espèces. Aujourd’hui, les scientifiques estiment que notre planète est en train de vivre la sixième, la plus dévastatrice depuis la disparition des dinosaures. Mais cette fois, c’est l’homme qui en est la cause.

Pour prendre toute la mesure de ce moment critique, Elizabeth Kolbert a mené une enquête passionnante sur la grande histoire de la vie terrestre, en remontant aux découvertes de Cuvier et Darwin, et sur le péril imminent qui la guette.

Des îles du Pacifique jusqu’au Muséum national d’histoire naturelle de Paris en passant par la forêt amazonienne, elle est partie à la rencontre des scientifiques qui enregistrent chaque jour de nouveaux indices d’une réalité implacable.

Avec ce livre majeur, salué dans le monde entier comme un événement, Elizabeth Kolbert signe d’une plume alerte et lumineuse le reportage le plus saisissant sur le sujet. Elle montre que l’humanité ne peut plus ignorer la crise environnementale, au risque de disparaître à son tour.

Elizabeth Kolbert est journaliste au New Yorker.

"Un inestimable état des lieux de la planète" (Al Gore).

"Une démonstration saisissante" (Bill Gates).

Mon avis :

Ce documentaire a obtenu le Prix Pulitzer de l'année 2015 en catégorie non fiction, et je l'ai trouvé passionnant. Il est extrêmement documenté et retrace de façon très pédagogique l'histoire des recherches sur les sciences de la vie et de la Terre. Il permet de mettre en évidence tous les indices en faveur de la 6ème extinction massive des espèces, et, espérons le, de tirer la sonnette d'alarme auprès du grand public et des politiques !

Seul hic, qui ne relève pas du documentaire en lui-même : j'ai trouvé certains protocoles d'expériences scientifiques discutables d'un point de vue éthique (par exemple utiliser des insecticides pour répertorier les populations d'insectes sur des parcelles de forêt, ou encore brûler et défricher des zones de forêts vierges pour étudier la survie des espèces au sein de parcelles délimitées et isolées...).

Je partage ici un extrait qui m'a particulièrement intéressée. Bonne lecture !

« En 1949, deux psychologues de l'université Harvard recrutèrent une vingtaine d'étudiants de second cycle en vue d'une expérience sur la perception. Celle-ci était simple : on montrait aux étudiants des cartes à jouer et on leur demandait de les nommer tandis qu'elles défilaient rapidement devant leurs yeux. La plupart des cartes étaient parfaitement ordinaires, mais quelques-unes avaient été modifiées, de sorte que le jeu contenait, entre autres anomalies, un six de pique rouge et un quatre de coeur noir. Lorsque les cartes se succédaient très vite, les étudiants avaient tendance à négliger ces anomalies ; ils affirmaient alors généralement par exemple que le six de pique rouge était un six de coeur, ou que le quatre de coeur noir était un quatre de pique. Quand les cartes défilaient plus lentement, ils déployaient beaucoup d'efforts pour donner un sens à ce qu'ils voyaient. Confrontés à un pique rouge, certains disaient qu'il paraissait "violet" ou "marron" ou "marron rouille". D'autres se montraient complètement perdus.
"C'est inexplicable, on dirait que les enseignes ont été inversées ou changées", observa l'un des étudiants.
"Je n'arrive pas à comprendre cette enseigne ! s'exclama un autre. Bon Dieu, je ne sais plus de quelle couleur elle est vraiment ou s'il s'agit d'un pique ou bien d'un coeur. Je ne suis même plus sûr maintenant de savoir à quoi ressemble un pique !"

Les psychologues publièrent leurs résultats dans un article intitulé "De la perception des anomalies : un paradigme". Parmi les lecteurs dont la curiosité fut éveillée par ce papier figurait Thomas Kuhn, l'historien des sciences le plus influent du XXème siècle. A ses yeux, cette expérience parut, en effet, paradigmatique : elle montrait la façon dont les gens traitent une information perturbante. Leur première réaction est de la faire entrer de force dans un cadre connu : des coeurs, des piques et des trèfles. Ils refusent aussi longtemps que possible de prendre en compte les indices révélant une discordance : le pique rouge paraît "marron", ou "rouille". Lorsque l'anomalie devient par trop aveuglante, une crise survient (ce que les psychologues ont appelé « la réaction de type "Bon Dieu !" »).

Kuhn soutint dans son oeuvre majeure, La structure des révolutions scientifiques, que ce mode de réaction était si fondamental qu'il façonnait non seulement les perceptions individuelles, mais également des domaines entiers de recherche. Les données qui ne cadraient pas avec les suppositions communément acceptées dans une discipline étaient soit écartées, soit expliquées de façon à gommer leur discordance aussi longtemps que possible. Plus les contradictions s'accumulaient, plus les ajustements devenaient alambiqués. "Comme dans cette expérience sur les cartes à jouer, la nouveauté scientifique n'apparaît qu'avec difficulté", écrivit Kuhn. En dernier lieu, quelqu'un finissait par vouloir appeler un pique rouge un pique rouge. La crise conduisait à une compréhension nouvelle et l'ancien cadre d'interprétation cédait la place à un nouveau. C'est ainsi que se produisaient les grandes découvertes scientifiques ou, pour employer l'expression dont Kuhn a lancé la vogue, les "changements de paradigme".

On peut raconter l'histoire des connaissances scientifiques concernant les extinctions en affirmant qu'elle a obéi à une série de changements de paradigme. Jusqu'à la fin du XVIIIème siècle, la notion même d'extinction n'existait pas. Plus on exhuma d'os étranges (ceux de mammouths, du mégathérium, de mosasaures), plus les naturalistes durent forcer leurs explications pour les faire entrer dans un cadre connu. Et ils forcèrent beaucoup : les os géants avaient appartenu à des éléphants qui avaient été emportés vers le nord par les flots du déluge ; ou bien à des hippopotames qui s'étaient égarés à l'ouest ; ou encore à des baleines présentant une denture menaçante. Lorsque Cuvier arriva à Paris, il comprit que les molaires du mastodonte ne pouvaient pas entrer dans le cadre établi : ce fut une « réaction de type "Bon Dieu !" » qui le conduisit à proposer une façon complètement nouvelle de les interpréter. Le monde des êtres organiques avait eu une histoire, reconnut-il. [...] "Bien que le monde ne change pas lors d'un changement de paradigme, le scientifique, après celui-ci, travaille dans un monde différent", écrivit Kuhn. »

La 6ème extinction, comment l'homme détruit la vie, d'Elizabeth Kolbert

Voir les commentaires

Rédigé par Perrine

Publié dans #Essais

Repost 0

Publié le 20 Septembre 2015

Genre : Essai

Date de parution : 2014

Quatrième de couverture :

Nous sommes en 2034 : désormais journaliste et réalisatrice retraitée, Marie-Monique Robin rédige ce livre, qui raconte comment les humains ont réussi, vingt ans plus tôt, à éviter l'effondrement de leur civilisation. Cela grâce à un étonnant sursaut collectif survenu le 14 avril 2014, après la publication du cinquième rapport du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), annonçant les terribles catastrophes provoquées par le réchauffement climatique. Un sursaut relayé politiquement à l'échelle mondiale grâce à... François Hollande, qui avait soudain compris l'absurdité mortifère d'une course après l'« Arlésienne de la croissance »...

Une uchronie prospective, donc. Mais qui restitue d'abord, de façon remarquablement pédagogique, les enchaînements ayant conduit, au XXe siècle, à ériger en dogme absolu l'idéologie de la croissance économique. Révélant des épisodes méconnus de cette histoire, Marie-Monique Robin s'appuie notamment sur les analyses des économistes hétérodoxes interrogés pour son documentaire Sacrée Croissance ! (Arte, novembre 2014). Elle montre ensuite comment l'« intoxication de la croissance » a conduit au « grand gâchis » du début du XXIe siècle : épuisement des énergies fossiles et des minerais, crise alimentaire, financière et sociale, menace d'un krach écologique et d'une sixième extinction des espèces...

Surtout, elle raconte comment, dès cette époque, se multipliaient partout les initiatives très concrètes de « lanceurs d'avenir » préoccupés par le futur de leurs enfants : experts ou acteurs de terrain, dessinant la voie vers une société durable et plus équitable, en matière de production alimentaire (agriculture urbaine), d'énergie (villes en transition) et d'argent (monnaies locales et nouveaux indicateurs de richesse).

Un livre optimiste, qui démontre que, contrairement à certains discours ambiants, nous avons en main toutes les clés pour engager l'indispensable transition vers la société postcroissance.

Mon avis :

Un constat alarmant...

Dans une première partie, l'auteure expose les différentes modélisations du réchauffement climatique et de ses conséquences désastreuses qui auront lieu dans les prochaines années d'après les scientifiques... non sans oublier les boucles de rétroaction positives, qui désignent l'accélération d'une tendance dès qu'est passé un certain seuil de basculement (tipping point). Ainsi, la fonte des glaces, due au changement climatique, engendre quatre phénomènes qui contribuent à leur tour à accélérer le réchauffement de la planète : la diminution de l'effet albédo (les surfaces blanches de la banquise renvoient une grande partie des rayonnements solaires qu'elle reçoivent ; quand les glaces fondent, cet effet diminue et l'eau qui les remplace absorbe l'énergie solaire), la désintégration du pergélisol (fonte de la couche de sol gelé qui emprisonne d'énormes quantités de méthane et de carbone), l'acidification des océans (anciens puits à carbone, les océans deviennent alors de puissants émetteurs) et la rétroaction du cycle carbone (en cas de réchauffement, les végétaux stoppent leur croissance et rejettent du carbone au lieu de l'absorber).

Sacrée croissance !

Dans une deuxième partie, l'auteure dénonce l'idéologie croissanciste comme étant la principale cause du réchauffement climatique, et construit un argumentaire solide pour la démystifier, s'appuyant sur de nombreux économistes de tous temps. En effet, le cycle de la croissance s'alimente par la création de besoins pour que les gens consomment plus, afin de vendre plus, ce qui amène à produire plus...

Or la capacité de la Terre à fournir les matières premières et à absorber les déchets d'une production de plus en plus importante est limitée... Kenneth Boulding disait : "Celui qui pense qu'une croissance exponentielle infinie est possible dans un monde fini est soit un fou, soit un économiste."

L'auteure oppose la croissance (expansion physique et quantitative par un accroissement ou une assimilation de matériaux) au développement (changement quantitatif, réalisation de potentialités, transition vers un état meilleur). D'après elle, il faudrait que l'économie arrête de croître, pour uniquement se développer ; la "croissance durable" est un oxymore, et la "croissance verte" une illusion.

D'autre part, la croissance est source de problèmes écologiques, mais aussi de problèmes sociaux comme le chômage et les écarts de richesses. Après la seconde guerre mondiale, la croissance était un moyen pour atteindre un but : le plein emploi. Aujourd'hui, elle est devenue le but, et l'emploi un moyen. "Pour atteindre la croissance, nous sommes prêts à délocaliser l'emploi pour réduire les coûts du travail, à utiliser des immigrés bon marché, à autoriser l'automatisation des usines et des magasins, tout ce qui crée du chômage."

L'auteure pointe aussi les contradictions de l'utilité économique : "Qu'une substance soit recherchée par un médecin pour guérir un malade ou par un assassin pour empoisonner sa famille [...] la substance est utile [...] dans les deux cas, et peut l'être plus dans le second que dans le premier." Ainsi la production d'armes, de drogues, s'avère très lucrative bien qu'elle soit si néfaste pour l'espèce humaine. Le paradoxe de l'eau et du diamant, énoncé par Adam Smith dans La Richesse des nations (1776) illustre bien ces contradictions : "Il n'y a rien de plus utile que l'eau, mais elle ne peut presque rien acheter [...]. Un diamant, au contraire, n'a presque aucune valeur quant à l'usage, mais on trouvera fréquemment à l'échanger contre une très grande quantité d'autres marchandises."

Maynard Keynes, dans Perspectives économiques pour nos petits-enfants, rêve lui aussi d'un monde débarrassé de l'obsession de la croissance, où les humains pourraient consacrer leurs énergies encore disponibles à des buts non économiques...

Qu'est-ce qui bloque ?

Le dilemme du prisonnier, concept inventé par le mathématicien Albert Tucker, illustre bien la difficulté des membres d'un groupe à prendre une décision, quand celle-ci peut pénaliser un membre individuellement si elle n'est pas adoptée par tous. Dans son scénario, deux suspects d'un crime sont placés en détention provisoire, mais la police n'a pas assez de preuves pour les inculper. Le directeur de la prison fait à chacun séparément la même offre : "Si tu dénonces ton complice et qu'il ne te dénonce pas, tu seras remis en liberté et l'autre sera condamné à dix ans de prison. Si tu le dénonces et lui aussi, vous écoperez tous les deux de cinq ans de prison. Si aucun de vous ne se dénonce, vous prendrez tous deux six mois de prison." Dans sa cellule, chaque prisonnier fait le même calcul, en essayant d'anticiper la réaction de celui qu'il perçoit comme son concurrent [...] et de conclure : "Quel que soit son choix, j'ai intérêt à le dénoncer". C'est précisément la même concurrence qui règne entre les entreprises ou les différentes nations : si l'une d'elles renonce (seule) à la croissance, elle se fera manger par les autres ; il faut précisément que toutes les entreprises de toutes les nations signent un accord commun, ce qui sera l'objet de la COP21 à Paris en décembre.

Comment faire ?

Dans la dernière partie, l'auteure propose (enfin !) des solutions concrètes, qui ont déjà été mises en place à petite échelle et ont fait leurs preuves... La destruction de la planète n'est pas une fatalité !

"Aux Etats-Unis comme en Europe, le problème n'est pas de produire plus, mais de mieux distribuer et, donc, de partager. [...] L'idée de limiter la croissance est surtout valide pour les pays développés, où ses coûts sont devenus supérieurs aux bénéfices. [...] Les pays développés doivent donc décroître vers un niveau suffisant en libérant de l'espace écologique pour que les pays pauvres puissent croître et atteindre une certaine autosuffisance. C'est ce qu'on appelle la convergence."

Je finirai sur ces paroles d'espoir d'Herman Daly : "Nous sommes au coeur d'un dilemme : la croissance continue sur une planète limitée est biophysiquement impossible, et partager est politiquement impossible. [...] Je préfère tenter ma chance du côté du politiquement impossible, parce qu'il me paraît moins impossible que le physiquement impossible. Je suis sûr que je ne pourrai pas changer les lois de la physique, mais peut-être que je pourrai changer la politique..."

Un livre passionnant et très documenté, à lire absolument pour changer sa vision du monde !

Sacrée croissance ! de Marie-Monique Robin

Voir les commentaires

Rédigé par Perrine

Publié dans #Essais

Repost 0

Publié le 2 Juillet 2014

Genre : Essai

Date de parution : 1998

Quatrième de couverture :

L'idée ne viendrait pas à Françoise Sagan de raconter sa vie. Mais relire ses livres, pourquoi pas, ce que les écrivains font très rarement. Après tout, ce sont « des bornes vérifiables », ponctuelles de son histoire personnelle, autour desquelles des souvenirs viennent s'agréger. Et la voilà plongée, de Bonjour tristesse à Un chagrin de passage, les commentant tout haut, avec une sincérité étonnante, se distribuant bons et mauvais points, jugeant de ses réussites comme de ses facilités, laissant flâner son esprit, par associations d'idées, sur les amis et les amours d'autrefois. Et retrouvant, du coup, son enfance à Cajarc, sa jeunesse, ses voyages, ses maisons.

Mon avis :

Dans cet essai, après avoir relu ses romans pour la première fois, Françoise Sagan nous les commente, cite certaines critiques de l'époque, les met en lien avec leur contexte d'écriture et des événements de sa vie personnelle.

Ce retour sur soi et sur son œuvre romanesque nous permet de mieux la connaître, ouvre des pistes de réflexions intéressantes sur le travail de l'écrivain et sur le lien entre ses productions et certains de ses éléments biographiques. Je le recommande à tous ceux qui ont lu et aimé Françoise Sagan !

Voici quelques extraits qui m'ont intéressée :

« Je ne fais pas de plans, je n'en ai jamais fait. Les quelques fois où j'essayai, ils tombèrent très vite à l'eau, ce qui est normal. J'embarque mes héros au début de mes livres, je les mets en rapport et les laisse un long moment se débrouiller sans moi. Je veux dire que les propos ou les gestes qu'ils s'inspirent les uns les autres précisent leur personnalité, au départ confuse, et qu'il suffit d'attendre pour que leurs caractères s'imposent. Même si au départ ils sont pratiquement libres, j'en aurais vu beaucoup s'écarter radicalement de leur rôle original. [...] Ils ne tournèrent casaque qu'une fois le bateau parti, et pour mon plus grand plaisir : je n'ai jamais été autoritaire d'abord, et ensuite, tous ces renversements me plaisaient. C'est très agréable d'écrire un livre dans ces conditions, avec autant de curiosité, peut-être plus que le lecteur. »

***

« La mémoire est aussi menteuse que l'imagination, et bien plus dangereuse avec ses petits airs studieux. »

Derrière l'épaule, de Françoise Sagan

Voir les commentaires

Rédigé par Perrine

Publié dans #Essais

Repost 0

Publié le 4 Mai 2014

Genre : Conte philosophique

Date de parution : 2002

Quatrième de couverture :

Il était une fois un jeune psychiatre nommé Hector qui n'était pas très content de lui : il voyait bien que, malgré sa bonne volonté, il n'arrivait pas à rendre les gens heureux. Hector décide alors de partir courir le monde afin de comprendre ce qu'est vraiment le bonheur.

Pourquoi rêvons-nous souvent d'une vie plus heureuse ? Trouve-t-on le bonheur dans la réussite ou dans les relations avec les autres ? Dépend-il des circonstances ou d'une manière de voir les choses ? Après bien des péripéties et des rencontres inattendues, Hector saura mieux répondre à ces questions...

Mon avis :

J’ai trouvé ce livre écrit par un psychiatre très accessible et intéressant ! Ce qui suit dévoile cependant une bonne partie de l’histoire et je déconseille vivement à ceux qui souhaiteraient lire le livre d’y jeter un coup d’œil ; ils auront bien plus de plaisir à le découvrir par eux-mêmes !

Pour les autres, voici un petit aperçu des idées de l’auteur, de réflexions éparses et d’éléments qui m’ont marquée, et que j’ai eu envie de résumer.

***

1°) Les 25 « leçons » du bonheur :

Hector ne collecte pas moins de vingt-cinq leçons sur le bonheur au fil de son voyage initiatique.

  • Leçon n°1 : Un bon moyen de gâcher son bonheur, c’est de faire des comparaisons.
  • Leçon n°2 : Le bonheur arrive souvent par surprise.
  • Leçon n°3 : Beaucoup de gens voient le bonheur seulement dans le futur.
  • Leçon n°4 : Beaucoup de gens pensent que le bonheur, c’est d’être plus riche ou plus important.
  • Leçon n°5 : Le bonheur, parfois, c’est de ne pas comprendre.
  • Leçon n°6 : Le bonheur c’est une bonne marche au milieu de belles montagnes inconnues.
  • Leçon n°7 : L’erreur, c’est de croire que le bonheur est le but.
  • Leçon n°8 : Le bonheur, c’est d’être avec des gens qu’on aime.
  • Leçon n°9 : Le bonheur, c’est que sa famille ne manque de rien.
  • Leçon n°10 : Le bonheur, c’est d’avoir une occupation qu’on aime.
  • Leçon n°11 : Le bonheur, c’est d’avoir une maison et un jardin.
  • Leçon n°12 : Le bonheur, c’est plus difficile dans un pays dirigé par de mauvaises personnes.
  • Leçon n°13 : Le bonheur, c’est de se sentir utile aux autres.
  • Leçon n°14 : Le bonheur, c’est d’être aimé pour ce qu’on est.
  • Leçon n°15 : Le bonheur, c’est de se sentir complètement vivant.
  • Leçon n°16 : Le bonheur, c’est de faire la fête.
  • Leçon n°17 : Le bonheur, c’est de penser au bonheur de ceux qu’on aime.
  • Leçon n°18 : Le bonheur, c’est de ne pas attacher trop d’importance à l’opinion des autres.
  • Leçon n°19 : Le soleil et la mer, c’est le bonheur pour tout le monde.
  • Leçon n°20 : Le bonheur, c’est une manière de voir les choses.
  • Leçon n°21 : Un grand poison du bonheur, c’est la rivalité.
  • Leçon n°22 : Les femmes sont plus attentives que les hommes au bonheur des autres.
  • Leçon n°23 : Le bonheur, c’est de s’occuper du bonheur des autres.
  • Leçon n°24 : Faire très attention aux autres.
  • Leçon n°25 : Prendre du temps pour regarder la beauté du monde.

Selon moi, certaines de ces leçons se recoupent (comme la 1 et la 21 ; la 6 et la 25 ; ou encore la 13, la 23 et la 24), d’autres me semblent accessoires (à l’instar de la 22), et celles qui me paraissent essentielles sont la 3, la 7, la 8, la 10, la 14, la 18, la 20 et la 23 !

2°) Les 5 familles de bonheur :

Hector définit vers la fin de son voyage cinq familles de bonheur.

Deux familles de bonheur excité :

1. La joie, faire la fête, partir en voyage, se retrouver au lit avec une femme qu’on désire.

2. Travailler à quelque chose qu’on aime, vouloir atteindre un but.

Deux familles de bonheur calme :

3. Se sentir content tout simplement, et vouloir que ça dure.

4. La manière de voir les choses : supporter et garder sa sérénité quoi qu’il arrive.

Et une cinquième famille de bonheur, le bonheur avec les autres :

5. L’amitié, l’amour partagé, faire attention au bonheur et au malheur des gens, se sentir utile aux autres.

3°) Bonheur et cerveau :

Une partie intéressante du livre aborde de manière tout à fait accessible le domaine des neurosciences et la neuropsychologie. Il s’agit d’études basées sur des IRM fonctionnelles, qui analysent le fonctionnement du cerveau en cas de mises en situation et décryptent les émotions en tant que réactions chimiques.

L’une des expériences consiste à demander à une personne d’imaginer une situation très triste, ou une situation très heureuse. A partir de l’IRM fonctionnelle de son cerveau, qui représente la consommation d’oxygène des différentes zones impliquées, le scientifique est capable de détecter quel genre d’émotion la personne a pu ressentir. Cela amène Hector à se demander si le bonheur peut se résumer à une simple réaction chimique.

D’autre part, toutes les conditions réunies chez un individu pour le bonheur n’impliquent pas nécessairement que cette personne soit heureuse ; aussi le bonheur ne dépend pas uniquement des circonstances, mais d’une façon de voir les choses, certaines personnes étant naturellement plus « douées » pour le bonheur que d'autres.

Le Voyage d'Hector ou la recherche du bonheur, de François Lelord

Voir les commentaires

Rédigé par Perrine

Publié dans #Essais

Repost 0

Publié le 5 Février 2014

Genre : Essai

Date de parution : 2012

Quatrième de couverture :

L'urgence, qui appelle l'impulsion, la fougue, la vitesse - et la patience, qui requiert la lenteur, la constance et l'effort. Mais elles sont pourtant indispensables l'une et l'autre à l'écriture d'un livre, dans des proportions variables, à des dosages distincts, chaque écrivain composant sa propre alchimie, un des deux caractères pouvant être dominant et l'autre récessif, comme les allèles qui déterminent la couleur des yeux.

Mon avis :

Ce livre réunit un ensemble de réflexions personnelles de Jean-Philippe Toussaint, sur des thèmes précis et divers autour de la littérature : le monde de l'édition, Marcel Proust, "comment je suis devenu écrivain", Franz Kafka, Crime et Châtiment de Dostoïevski, Samuel Beckett, un parallèle entre littérature et cinéma... Je l'ai trouvé intéressant, bien écrit, et de surcroît facile d'accès : une lecture qui m'a instruite et enrichie, et que je recommande !

Note : De par sa structure et les thèmes abordés, cet essai m'a fait penser à Une rencontre de Milan Kundera, où l'écrivain expose ses réflexions diverses sur les arts et la littérature, et que j'ai également beaucoup apprécié.

L'urgence et la patience, de Jean-Philippe Toussaint

Voir les commentaires

Rédigé par Perrine

Publié dans #Essais

Repost 0

Publié le 29 Janvier 2014

Genre : Recueil

Date de parution : 2006

Quatrième de couverture :

Comme le fleuve qui coule est un recueil de 101 textes courts publiés par Paulo Coelho entre 1998 et 2005. Au fil des pages, il nous ouvre les portes de son univers d'écrivain, fait de petits morceaux de quotidien et de récits imaginaires qui acquièrent sous sa plume une dimension de contes philosophiques et pédagogiques à l'usage de tous ceux et de toutes celles qui désirent vivre en harmonie avec le monde qui les entoure.

« Ces pages contiennent les récits de certains moments que j'ai vécus, des histoires que l'on m'a racontées, des réflexions que je me suis faites pendant que je parcourais une certaine étape du fleuve de ma vie. Ces textes ont été publiés dans divers journaux du monde, et j'ai décidé de les réviser et de les compiler dans ce recueil. Ils font partie de mon existence et je vous les offre, à vous, mes lecteurs. »

Paulo Coelho

Mon avis :

On reconnaît typiquement dans ce recueil la plume et les thèmes de prédilection de l'auteur : le rêve, les épreuves du destin et l'accomplissement d'une légende personnelle ; l'amour, la foi, l'espoir et l'optimisme ; la mort, le temps qui passe, nos différences...

Chaque petit texte illustre, à la manière d'une métaphore, une idée de l'auteur à l'aide d'un exemple concret, aboutissant à une morale plus ou moins explicite comme en conclusion d'une fable.

Extraits :

"Je mène un long et difficile combat contre moi-même [...].

L'angoisse est immense, mais je suis décidé à rester ici, sans rien faire, au moins quelques heures.

Peu à peu, l'anxiété cède la place à la contemplation, et je commence à écouter mon âme. Elle avait une folle envie de causer avec moi, mais je suis tout le temps occupé."

***

"Savez-vous que les bananes peuvent vous enseigner la signification de l'existence ?"

Il a retiré de son sac une banane pourrie, et il l'a jetée.

"Celle-là, c'est la vie qui est passée, on n'en a pas profité au bon moment, et maintenant il est trop tard."

Ensuite, il a pris dans le sac une banane encore verte, la lui a montrée et l'a rangée.

"Celle-là, c'est la vie qui n'est pas encore arrivée, il faut attendre le bon moment."

Enfin, il a sorti une banane mûre, l'a épluchée, et l'a partagée avec Isabella.

"Celle-ci, c'est le moment présent. Sachez la dévorer sans crainte ni culpabilité."

Comme le fleuve qui coule, de Paulo Coelho

Voir les commentaires

Rédigé par Perrine

Publié dans #Essais

Repost 0

Publié le 30 Juin 2013

Genre : Essai

Date de parution : 2007

Quatrième de couverture :

- Un livre de plus sur l'école alors ?
- Non, pas sur l'école ! Sur le cancre, sur la douleur de ne pas comprendre et ses effets collatéraux sur les parents et les professeurs.

Prix Renaudot 2007.

Mon avis :

Si j'ai rangé ce livre dans la catégorie des essais plutôt que dans celle des romans, c'est parce qu'il raconte moins une histoire qu'il n'ouvre de pistes de réflexions sur le monde de l'éducation et les difficultés d'incompréhension mutuelle entre le système en lui-même, les professeurs et les élèves.

Pennac ne prétend pas apporter des réponses incontestables et péremptoires, mais il expose clairement la source du problème et l'origine des maux. Communication, dialogue, échange de valeurs et amour du savoir... il transmet ce qui l'a sauvé en tant qu'ancien cancre du système scolaire, et qu'il a tenté de mettre en œuvre par la suite en tant que professeur.

Dans la lignée de Comme un roman, ce livre humble et constructif propose des solutions qui mériteraient d'être davantage considérées. C'est une lecture intéressante.

Chagrin d'école, de Daniel Pennac

Voir les commentaires

Rédigé par Perrine

Publié dans #Essais

Repost 0