Publié le 3 Janvier 2016

"Le club de sport [...] occupait un immeuble du centre-ville. [...] Frisette vernie aux murs, moquette en nylon vert, plafond laqué en bleu, plantes en plastique brillant, tout était censé évoquer la nature. Les garçons et les filles du personnel avaient ces têtes tragiques que l'on voit placardées en taille géante sur les panneaux publicitaires des grandes villes : visages sains, souriants, bronzés, bien dégagés, qui vantent une idée angoissante du bonheur où le corps est tout, et la vieillesse un cauchemar.

[...] Les lieux avaient déteint sur leurs occupants : les femmes, ou du moins ce qui en avait le nom, sèches, osseuses, sans poitrine ni fesses, avec un teint brun sombre de vieux marin sans doute chèrement acquis dans les cabines de bronzage, portaient à même le corps, qui n'était plus désirable à force d'être sportif, des combinaisons fluorescentes qu'on aurait plutôt vues en panneaux signalant la présence d'un chantier ou bien un accident. Quant aux hommes, toute leur virilité semblait s'être curieusement réfugiée dans une paire de seins hypertrophiées, quoiqu'ils eussent l'air de s'en justifier en laissant pendre sans soutien dans leur short ou leur pantalon ce qui assurait de leur appartenance au sexe fort ; pour le reste, ils semblaient gonflés par je ne sais quoi, l'entraînement, la stupidité ou la prétention, et les attaches de leurs membres grossis restaient les seuls lieux de leur corps où, malheureusement, rien n'avait pu enfler comme un soufflé. Tout cela respirait la vulgarité heureuse de l'imbécile qui pense avoir raison."

Extrait de La secte des Egoïstes, d'Eric-Emmanuel Schmitt

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Rédigé par Perrine

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Publié le 3 Janvier 2016

Genre : Roman

Date de parution : 1997

Quatrième de couverture :

Eux, c'est une famille de Gitans installés illégalement sur un terrain vague de la banlieue parisienne - ils n'ont rien d'autre que " leur caravane et leur sang". Elle, c'est une bibliothécaire douce et généreuse, une "gadjé", qui a l'amour des livres. Le roman raconte leur rencontre inattendue, lorsque la jeune femme décide d'initier les enfants du camp au plaisir de la lecture.

Mon avis :

Parmi toutes les raisons qui m'ont donné l'envie de lire ce livre, j'en citerai quatre : la beauté du titre "Grâce et dénuement", la valeur de l'auteur, Alice Ferney (dont L'élégance des veuves m'avait subjuguée), les thèmes abordés (la société, le milieu du livre et l'éducation à la culture ; le monde des gitans que j'avais déjà découvert en littérature avec Mon amour, ma vie, qui m'avait énormément marquée), et l'obtention du prix "Culture et bibliothèque pour tous".

Mes attentes étaient donc élevées avant même la lecture de ce roman... Pour autant je n'ai pas été déçue ! Le personnage d'Esther, la bibliothécaire, est admirable tant pour son dévouement que pour son amour des enfants et des livres, et cette histoire m'a redonné conscience de la chance que j'ai d'exercer le métier d'orthophoniste, et de pouvoir ainsi aider des enfants en difficultés, y compris issus de familles défavorisées, à accéder au plaisir de la lecture.

Extraits :

"Les enfants allaient adorer cette histoire. [...] Elle lisait au hasard des pages en se réjouissant. [...] Il y avait un secret au cœur des mots. Il suffisait de lire pour entendre et voir, et l'on n'avait que du papier entre les mains. Il y avait dans les mots des images et des bruits, la place de nos peurs et de quoi nourrir nos cœurs. Elle ne s'arrêtait plus de lire."

***

"C'est de la douleur d'aimer, ça c'est bien sûr, mais c'est tout pire de ne pas aimer. [...] On est fait pour ça. [...] Ne te garde pas. Ce qu'on garde pour soi meurt, ce qu'on donne prend racine et se développe. [...] L'amour c'est le plus difficile. Ça vous prend, ça vous malmène, ça vous agite. Et puis quand on croit que c'est gagné, qu'on a dans sa vie celui qu'on voulait, ça se lasse, ça se fatigue, ça se remplit de doute. Mais c'est que dans ce manège qu'on a l'impression de vivre."

Grâce et dénuement, d'Alice Ferney

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Rédigé par Perrine

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Publié le 3 Janvier 2016

"Mon amour, j'ai marché trente ans sous le ciel [...] j'ai été, entre tous, ripailleur et gueulard, aussi stupide et futile que les moineaux et les paons ; j'ai essuyé ma bouche au revers de mes manches, entré au foyer avec la boue de mes pieds et roté plus d'une fois dans les rires et le vin. Mais j'ai tenu chaque heure la tête droite dans l'orage parce que je t'ai aimée et que tu m'as aimé en retour, et que cet amour n'a eu ni soie ni poèmes mais des regards dans lesquels se sont noyées nos misères. L'amour ne sauve pas, il élève et grandit, porte en nous ce qui éclaire et le sculpte en bois de forêt. Il se niche au creux des jours de rien, des tâches ingrates, des heures inutiles, ne glisse pas sur les radeaux d'or et les fleuves étincelants, ne chante ni ne brille et ne proclame jamais rien. Mais le soir, une fois la salle balayée, les braises couvertes et les enfants endormis - le soir entre les draps dans les regards lents sans bouger ni parler - le soir, enfin, dans les lassitudes de nos vies de peu et les trivialités de nos existences de rien, nous devenons chacun le puits où l'autre se puise et nous nous aimons l'un l'autre et apprenons à nous aimer nous-mêmes."

Extrait de La vie des elfes, de Muriel Barbery

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Rédigé par Perrine

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