Publié le 29 Octobre 2015

Genre : Roman

Date de parution : 2011

Quatrième de couverture :

Guernica, avril 1937. Jeune peintre autodidacte, Basilio passe son temps dans les marais à observer des hérons cendrés. Ce n'est pas qu'il se sente extérieur au conflit, il a même cherché à s'enrôler dans l'armée républicaine. Mais tandis que les bombardiers allemands sillonnent déjà le ciel, il s'acharne à rendre par le pinceau le frémissement invisible de la vie, dans les plumes d'un de ces oiseaux hiératiques. Dans quelques heures, Guernica sera une ville en cendres, mais c'est un peintre autrement célèbre qui va en rendre compte, magistralement.
L'un comme l'autre, pourtant, le petit peintre de hérons tout autant que le Picasso mondialement connu, nous interrogent sur les tragédies de la guerre et la nécessité de l'art pour en témoigner.

Mon avis :

A Guernica, Basilio, jeune peintre réaliste, tente de reproduire la grâce d'un héron sur sa toile, afin de l'offrir à celle qu'il aime. La beauté de la nature, le pouvoir apaisant de la peinture et le calme des marais s'opposent à l'horreur de la guerre qui fait rage au même moment.

D'un autre côté, Picasso a su représenter l'horreur à Guernica sur sa célèbre toile éponyme, sans y avoir assisté...

Ce livre suggère une rencontre entre ces deux artistes, et la confrontation de leurs courants, réalisme et cubisme. Plein de poésie, il invite le lecteur à réfléchir sur le pouvoir et les limites de la peinture pour exprimer le réel (visible et invisible), et sur le rôle et la subjectivité de l'art... Peindre pour survivre ou pour dénoncer ? Reproduire ou symboliser ?

C'est un livre intrigant, qui pose plus de questions qu'il n'apporte de réponses... et que je lirais bien une deuxième fois !

Voici quelques extraits intéressants :

« Alors je comprends pas, avait dit Basilio.
Qu'est-ce que tu ne comprends pas ?
Je comprends pas comment il peut peindre sur les évènements de Guernica, s'il n'y était pas quand cela s'est produit.
Les artistes peuvent faire ça, avait dit le curé. Tu ne finis pas ta soupe ?
Non. »

***

« Avant de lui poser dans les mains, il faudra lui répéter combien le héron peint est différent du héron que l'on voit et encore plus du héron tout court, tel qu'en lui-même.

Il lui dira aussi qu'il regrette un peu cette idée de lui donner une peinture de héron. Que bien sûr il est heureux de pouvoir lui offrir quelque chose ; et en même temps, que le moindre caillou ramassé par terre aurait sûrement plus de valeur.

Bien entendu, elle protestera. Mais il voudra qu'elle comprenne. Lui offrir un caillou, ce serait l'inviter à porter un regard sur un objet véritable. Sur une chose d'origine, et non pas une esquisse de représentation, forcément imparfaite. »

***

« Basilio se dit qu’il conviendrait peut-être un jour ou l’autre de se résoudre à oublier le héron lui-même pour ne s’intéresser qu’à l’abîme qui s’ouvre à l’interstice de son regard. Plonger un peu là-dedans, et seulement ça.

D’ailleurs, de cette façon, on pourrait au passage abandonner tout le reste. Le héron lui-même donc, son plumage, ses allures fières, la flèche de son bec, mais aussi tout ce qui façonne son environnement. La roselière, les aulnes, les reflets dans l'eau du marais, la couleur du ciel. Dans cette exploration réduite aux entrailles du modèle, on cesserait de se poser la question du dehors ; de la place du dehors dans la peinture. On se dirait que oui, sans doute, la réalité profonde du héron peut être détachée de celle de la matière et des paysages qui l'entourent.

A la vérité, Basilio en douterait plutôt, sans parvenir à distinguer pour de bon ce qui lie ensemble l'une et l'autre de ces réalités. »

***

« Son regard fait plusieurs fois l'aller-retour entre son esquisse et le héron [...].

Il goûte quelque chose de cette œuvre inachevée.

Inachevée, c'est-à-dire en devenir, avec tous les espoirs que cela porte encore. Avec les libertés que ça laisse aussi, dans la lecture des espaces vides. »

***

« Toutes les choses qu'on ne voit pas. Tout ce qui palpite sans figurer sur les images, ce qu'on éprouve avec force et qui se refuse à nos sens premiers. Et dont on voudrait tellement témoigner pourtant. »

***

« C’est d’abord ça qu’il voudrait rendre dans sa peinture. Cette sorte de dignité, qui tient aussi du vulnérable, du frêle, de la possibilité du chancelant. »

***

« C'est drôle quand même. Moi je parle de gars qui se font tuer pendant que toi, tu t'emmerdes à peindre le plumage d'un héron. »

***

« Il lui apparaît que la vérité de ce qu'ils sont en train de vivre, lui et ceux de Guernica dont le cœur n'a cessé de battre, ne peut s’accommoder de découpages. C'est un tout dont on ne peut rien extraire sans risquer la supercherie. Ce qui se voit ne compte pas plus que ce qui reste invisible, que ce qui pourrait apparaître, ou qui se tient en attente derrière les angles de murs ; que ce qui va surgir, d'un instant à l'autre, du ventre des nuages. »

Le héron de Guernica, d'Antoine Choplin

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Rédigé par Perrine

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Publié le 26 Octobre 2015

Genre : Roman

Date de parution : Août 2008

Quatrième de couverture :

Elena, une jeune Roumaine née en Bessarabie et ballottée par l'Histoire, rencontre à un bal en 1958 un homme dont elle tombe passionnément amoureuse. Il est juif, et ses parents s'opposent au mariage. Elena finit par épouser Jacob et par réaliser son rêve : quitter la Roumanie communiste et antisémite de Ceausescu. Émigrer aux États-Unis.

Elle devient américaine, et se fait appeler Helen. Elle a rompu avec le passé, mais l'avenir n'est plus un rêve. Helen est maintenant confrontée à une réalité qui lui échappe : la maladie et la dépression de son mari ; l'indépendance de ce fils à qui elle a tout sacrifié, et qui épouse une Française malgré l'opposition de ses parents.

Cette jeune femme égoïste, arrogante, imbue d'un sentiment de supériorité presque national, Helen ne l'aime pas. Cette belle-mère dont le silence recèle une hostilité croissante, Marie en a peur. Pourtant, entre ces deux femmes que tout oppose - leur origine, leurs valeurs et leur attachement au même homme -, quelque chose grandit qui ressemble à de l'amour.

Mon avis :

J'ai apprécié ce roman, bien construit et agréable à lire. C'est l'histoire de la relation entre deux femmes : une femme et sa belle-fille, une femme et sa belle-mère...

Elles sont différentes, et pourtant quelque chose les rapproche : leur amour pour le même homme, un fils pour l'une, un mari pour l'autre. Leur relation va évoluer sensiblement de la haine à l'amour.

Ce roman traverse et retrace la vie entière d'une femme, Elena ou Helen : de fille à mère, belle-mère, grand-mère et veuve. Il offre d'autre part un contexte historique riche et intéressant en passant de la Roumanie communiste et totalitaire à la vie actuelle de Paris et des Etats-Unis.

Ce livre a reçu le Prix Goncourt des lycéens 2008.

Un brillant avenir, de Catherine Cusset

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Rédigé par Perrine

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Publié le 26 Octobre 2015

Genre : Roman

Date de parution : Août 2014

Quatrième de couverture :

La condition pavillonnaire nous plonge dans la vie parfaite de M.-A., avec son mari et ses enfants, sa petite maison. Tout va bien et, cependant, il lui manque quelque chose. L’insatisfaction la ronge, la pousse à multiplier les exutoires : l’adultère, l’humanitaire, le yoga, ou quelques autres loisirs proposés par notre société, tous vite abandonnés. Le temps passe, rien ne change dans le ciel bleu du confort. L’héroïne est une velléitaire, une inassouvie, une Bovary… Mais pouvons-nous trouver jamais ce qui nous comble ?

Un roman profond, moderne, sensible et ironique sur la condition féminine, la condition humaine.

Mon avis :

Ce livre est un conte moderne, qui pose la question du bonheur dans notre société. Le lecteur est spectateur de la vie de l'héroïne, qui file et qui défile... M.-A. a tout pour elle, mais ne cesse de chercher le bonheur partout ailleurs, s'adonnant à corps perdu à de multiples faux-fuyants.

Ce n'est qu'au terme de sa vie qu'elle réalisera qu'elle a gâché son existence à chercher ailleurs quelque chose qui était à portée de main, dont elle n'estimait pas la précieuse valeur... Fin brutale, tragique, et message édifiant.

J'ai beaucoup aimé l'écriture et le style de la narratrice qui, inconnue jusqu'au bout du livre, s'adresse à l'héroïne par le tutoiement.

La condition pavillonnaire, de Sophie Divry

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Rédigé par Perrine

Publié dans #Romans

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