Publié le 17 Mai 2015

"Tout au début de la Genèse, il est écrit que Dieu a créé l'homme pour qu'il règne sur les oiseaux, les poissons et le bétail. Bien entendu, la Genèse a été composée par un homme et pas par un cheval. Il n'est pas du tout certain que Dieu ait vraiment voulu que l'homme règne sur les autres créatures. Il est plus probable que l'homme a inventé Dieu pour sanctifier le pouvoir qu'il a usurpé sur la vache et le cheval. Oui, le droit de tuer un cerf ou une vache, c'est la seule chose sur laquelle l'humanité tout entière soit fraternellement d'accord, même pendant les guerres les plus sanglantes.

Ce droit nous semble aller de soi parce que c'est nous qui nous trouvons au sommet de la hiérarchie. Mais il suffirait qu'un tiers s'immisce dans le jeu, par exemple un visiteur venu d'une autre planète dont le Dieu aurait dit "Tu règneras sur les créatures de toutes les autres étoiles", et toute l'évidence de la Genèse serait aussitôt remise en question. L'homme attelé à un char par un Martien, éventuellement grillé à la broche par un habitant de la Voie lactée, se rappellera peut-être alors la côtelette de veau qu'il avait coutume de découper sur son assiette et présentera (trop tard) ses excuses à la vache."

[...]

"On ne pourra jamais déterminer avec certitude dans quelle mesure nos relations avec autrui sont le résultat de nos sentiments, de notre amour ou non-amour, de notre bienveillance ou haine, et dans quelle mesure elles sont d'avance conditionnées par les rapports de force entre individus.

La vraie bonté de l'homme ne peut se manifester en toute pureté et en toute liberté qu'à l'égard de ceux qui ne représentent aucune force. Le véritable test moral de l'humanité (le plus radical, qui se situe à un niveau si profond qu'il échappe à notre regard), ce sont ses relations avec ceux qui sont à sa merci : les animaux. Et c'est ici que s'est produite la faillite fondamentale de l'homme, si fondamentale que toutes les autres en découlent."

Extraits de L'insoutenable légèreté de l'être, de Milan Kundera

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Rédigé par Perrine

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Publié le 17 Mai 2015

Genre : Roman

Date de parution : 1952

Quatrième de couverture :

Un homme qui veut changer sa vie s'engage sur un bateau. Sur ce bateau il y a une femme qui court le monde à la recherche du marin de Gibraltar qu'elle a aimé et qui a disparu. L'amour naît entre l'homme qui veut changer sa vie et la femme qui cherche le marin de Gibraltar. Ensemble, ils vont rechercher avec scrupule ce marin disparu. S'ils le trouvent ce sera la fin de leur amour. Étrange contradiction.

De Sète à Tanger, de Tanger à Abidjan, et d'Abidjan à Léopoldville, leur recherche se poursuit.

Mon avis :

On retrouve dans ce beau roman de très nombreux thèmes durassiens : l'amour, l'attente et la recherche du bonheur ; l'alcool, la chaleur, la richesse et l'oisiveté qui en découle. Il pose d'un ton juste la question du bonheur - comme chemin ou aboutissement ? - et de la nécessité d'un but pour donner un sens à sa vie.

Anna admettra-t-elle que le marin de Gibraltar est une chimère, ou qu'elle l'a déjà retrouvé ? Rien n'est moins sûr...

Le marin de Gibraltar, de Marguerite Duras

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Rédigé par Perrine

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