Publié le 25 Mars 2014

Rédigé par Perrine

Publié dans #Romans

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Publié le 25 Mars 2014

"Je crois que tout l'art de la littérature est de raconter une histoire qui n'est pas nouvelle, aucune histoire ne l'est plus, avec la virginité d'un aveugle qui la découvre pour la première fois, revenant à la lumière dans un vertige d'émotion. Alors une vie, qui est une histoire parmi tant d'autres, semble tout d'un coup neuve, unique."

Extrait de Alzaia, d'Erri De Luca

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Rédigé par Perrine

Publié dans #Citations

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Publié le 11 Mars 2014

« Que les mots suscitent des émotions violentes, des sentiments comme la tendresse et la pitié, c’est déjà beaucoup ; mais qu’ils touchent ainsi le corps, le fond du ventre, qu’ils nous amènent à sangloter, à rire, à désirer, il faut le vivre pour le croire.

Martin Eden parce qu’il se tue, Frédéric Moreau parce qu’il n’ose pas, Gatsby parce qu’il est seul, Amalric parce qu’il compte sur la douceur de ses mains, le marin de Gibraltar parce qu’il donne un nom d’île au désir, Mesa parce qu’il endure l’amour, Tadzio parce qu’il se laisse regarder, Aschenbach parce qu’il en meurt, Julien Sorel parce qu’il se fixe une heure pour agir, l’amant de Lady Chatterley parce qu’elle jouit avec lui, Gilliatt parce qu’il se tait, Roméo parce qu’il aime à en mourir, Félix de Vandenesse parce qu’il ne se maîtrise pas, Antiochus parce qu’il avoue […], Fabrice parce qu’il renonce au monde, le père Goriot parce qu’il adore ses filles, Vronsky parce que Anna se tue pour lui, Des Grieux parce qu’il va au bout du monde, Marcel parce qu’il est jaloux, Adolphe parce qu’il disparaît, Don Juan parce qu’on a envie d’être sur la liste, Aurélien parce que Bérénice lui écrit : « Rien ne me distrait de vous », Valmont parce qu’il tombe amoureux, M. de Nemours parce qu’il accepte, Lancelot parce qu’il est beau, Solal parce qu’il sait bien que c’est impossible. »

Extrait de Dans ces bras-là, de Camille Laurens

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Publié le 11 Mars 2014

« Tu m’avais apporté une Bible en cadeau. Je n’ai jamais été croyant, l’émotion initiale m’a toujours fait défaut, pourtant j’ai souvent lu ce livre. J’avais l’édition que m’avait laissée ma mère et dont elle avait feuilleté jusqu’à l’usure la partie du Nouveau Testament. Pour cette raison, je lisais l’Ancien Testament qui était la partie la mieux conservée du volume. Mes doigts ont suivi les lignes tant de fois, jusqu’à les effacer, ne laissant que quelques pâles caractères. J’ai souvent pensé avec nostalgie que les générations se sont transmis ce même livre dont la lecture s’appauvrissait chaque fois davantage, comme si un doigt unique, parcourant le même exemplaire, en effaçait lentement les lignes. Tant de fois effleuré : la somme de si nombreuses caresses est une abrasion. Mais avant son accomplissement total une génération de fidélité tente de retracer toutes ces précieuses lettres usées. En de nombreux endroits elle devra les reconstituer par l’imagination. La loyauté la plus intense, dans son audacieuse restauration de l’irréparable, frôle la contrefaçon. Cette nuit, cette pensée ne m’attriste pas, je ne redoute plus la perte de l’original : maintenant j’y vois l’œuvre d’une providence qui, à travers notre cécité, réécrit son livre. Ainsi le préjudice a une relation d’échange avec l’acquis, les mots disparus affleurent à nouveau ailleurs. C’est ce qui arrive aussi à notre vie, un doigt qui glisse sur une feuille, l’use tout doucement et dans notre demi-sommeil nous pensons qu’il s’agit de notre respiration. Nous sommes cette écriture qui pâlit, mais la vie, la forme dont chacun a dit avec orgueil : « C’est la mienne », est au contraire la feuille qui demeure au-delà de nous, retrouvant sa blancheur. Et elle n’est à personne. »

***

« Quand les liens entre une femme et un homme deviennent possessifs, alors on peut être perdu, car on ne perd que ce qu’on possède. […] Être pour l’autre une chose entièrement sienne, ornement de son intimité, privé de la liberté d’être différent. Devenir une chose à posséder : à ce niveau d’assignation il arrive qu’on nous perde. »

Citations d’Acide, Arc-en-ciel, d’Erri De Luca

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Rédigé par Perrine

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Publié le 11 Mars 2014

"Au cours des nuits bombardées de Belgrade en 1999, je me servais aussi du vers d'un poète russe, Mandelstam, en attendant l'aube. […] Je ne sais pas pourquoi ça marche, mais c'est ainsi, j'ai besoin d'inventer une rime entre ce qui se passe et quelque chose d'autre. J'ai besoin d'associer une impasse dans laquelle je me suis fourré à une immense prairie. C'est ce qui me sert d'amarres pour ne pas sombrer. Je suis prédisposé au secours de la poésie, qui n'est pas l'art d'arranger des fleurs, mais une urgence de s'accrocher à un bord dans la tempête. [...] Je m'attaque à un couple de vers et je me les chante pour rester calme. Pour moi, la poésie relève de l'urgence, ce n'est pas une flatterie au clair de lune. C'est un coup de salut."

Citation de Sur la trace de Nives, d'Erri De Luca

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