Antispéciste : Réconcilier l'humain, l'animal, la nature, d'Aymeric Caron

Publié le 4 Avril 2017

Genre : Essai

Date de parution : 2016

Quatrième de couverture :

« L'antispécisme milite pour l'intégration de tous les êtres vivants sensibles dans une même famille de considération morale. Vu sous un autre angle, cela signifie que l'antispécisme revendique l'appartenance de l'espèce humaine à une communauté beaucoup plus large qu'elle-même, celle des animaux. Il s'agit de notre communauté initiale, dont nous
ne sommes jamais sortis, malgré nos tentatives désespérées pour le faire croire et l'obstination à renier nos origines. Nous ne sommes que les jeunes visiteurs d'un zoo égaré au milieu de nulle part. »

Antispéciste explore la génétique, la cosmologie, l'éthologie, le droit et la philosophie pour expliquer pourquoi nous sommes tenus aujourd'hui d'accorder certains droits fondamentaux aux animaux non humains sensibles. Mais cette extension de notre sphère de considération morale s'inscrit dans une réflexion beaucoup plus large. En invitant à repenser le vivant et la place de l'homme dans l'univers, Antispéciste décrypte les raisons de l'échec de l'écologie politique traditionnelle et propose un nouveau projet nommé l'écologie essentielle, qui doit aboutir à une réforme constitutionnelle pour prendre en compte la valeur intrinsèque de tous les êtres vivants.

Antispéciste pose également des questions inédites : qui sont les animalosceptiques ? Pourquoi l'antispécisme est-il un combat social ? Pourquoi Superman est-il un superhéros antispéciste ? Pourquoi le vrai but de l écologie est-il en réalité de faire sortir l'homme de la nature ? Qu'est-ce que la réduction de l'empreinte négative ? Pourquoi les éleveurs ont-ils intérêt à rejoindre les antispécistes ?

Antispéciste est un appel au soulèvement des consciences. Un appel à la révolte individuelle. Un appel à un nouvel humanisme.

Aymeric Caron est journaliste et écrivain. Il est l'auteur d Envoyé Spécial (2003), No Steak (2013) et Incorrect (2014). Il invite à une nouvelle réflexion sur la nature et les droits des animaux.

Mon avis :

Tout d'abord je tiens à préciser que cette lecture fait partie de celles qui dérangent, en remettant en cause notre modèle actuel de société. Conservateurs, si vous lisez ce blog...

D'ailleurs je ne pense pas qu'une personne non sensibilisée au préalable sur le sujet puisse changer de but en blanc ses opinions et son mode de consommation après la lecture de ce livre. Le croire serait aussi utopique que dangereux, car chacun doit pouvoir prendre le temps de se forger son opinion, à partir de sources diverses. Cela dit, ce livre constitue une bonne ouverture sur le sujet car il l'aborde dans sa globalité et est suffisamment documenté pour engager le lecteur dans des réflexions pertinentes et en toute connaissance de cause. L'auteur, journaliste engagé, anticipe et analyse méticuleusement tous les arguments potentiels de ses détracteurs afin d'y confronter les siens.

Je connaissais déjà un peu l'antispécisme, en particulier par le biais de la revue Cahiers antispécistes et de l'association L214, et j'avais d'ailleurs déjà publié sur ce blog des extraits d'Earthforce de Paul Watson (un livre qui m'a marquée et converge vers ces idées, quoique peut-être un peu plus virulent car il s'adresse déjà à un public de militants convaincus). Je suggère également la lecture du Parfum d'Adam de Jean-Christophe Rufin, qui pose justement les limites et les dangers de tout aveuglement pour une thèse, quelle qu'elle soit. Voici les liens vers les articles respectifs :

- http://grainedelivre.over-blog.com/2016/02/citations-de-earthforce-de-paul-watson.html

- http://grainedelivre.over-blog.com/2017/01/le-parfum-d-adam-de-jean-christophe-rufin.html

Ce que j'ai apprécié dans Antispéciste, c'est qu'Aymeric Caron creuse dans une multitude de directions pour aborder le sujet : philosophie morale, cosmologie, génétique, éthologie, écologie, droit, politique, économie, santé publique. Pour autant, et c'est ça qui fait la richesse du débat, je ne suis pas d'accord avec tout ce qu'il avance, notamment au sujet de sa critique de l'écologie politique.

L'idée, c'est qu'il faut tenir compte des avancées scientifiques relativement récentes qui prouvent de plus en plus l'intelligence des animaux : les mammifères (rats, porcs, dauphins), les oiseaux (corbeaux, perroquets, poules) mais aussi les abeilles, les fourmis, les poulpes... Si notre société est depuis longtemps omnivore, on ne peut pas, sous couvert de tradition, voiler la réalité et continuer à traiter des êtres sensibles comme des objets à vendre, exploiter et consommer, en négligeant leurs besoins physiologiques primaires (les conditions d'élevage, si l'on se renseigne un minimum, sont en effet catastrophiques). Les cirques et les zoos sont également concernés. Si, comme l'auteur l'explique, on restait fidèle à nos "traditions", on soutiendrait encore que la Terre est plate et l'esclavage existerait encore...

Et il va d'autant plus falloir changer nos habitudes de consommation que l'élevage intensif (et il l'est forcément compte tenu de l'accroissement de la population humaine mondiale) est une catastrophe environnementale (consommation d'eau, alimentation du bétail, émissions de gaz à effets de serre), économique (les éleveurs vivent actuellement plus de subventions que des revenus tirés de leur activité), sanitaire (antibiorésistance, grippe aviaire) et j'en passe !

Notre société est actuellement spéciste parce qu'elle considère par exemple qu'un chat a le droit d'être choyé dans un foyer tandis qu'un porc ou un canard peuvent vivre dans des conditions abominables, entassés les uns sur les autres et sans voir la lumière du jour, puisqu'ils sont destinés à être consommés... Le spécisme, en traitant différemment les individus en fonction de leur appartenance à telle ou telle espèce, serait donc l'équivalent du racisme. En 1789, dans son Introduction au principe de morale et de législation, Bentham écrivait déjà : "Peut-être le jour viendra où le reste du règne animal retrouvera ces droits qui n'auraient jamais pu lui être enlevés que par la tyrannie. Les Français ont déjà réalisé que la peau foncée n'est pas une raison pour abandonner sans secours un être aux caprices d'un persécuteur. Peut-être finira-t-on un jour par s'apercevoir que le nombre de jambes, la pilosité de la peau ou l'extrémité de l'os du sacrum sont des raisons tout aussi insuffisantes d'abandonner une créature sensible au même sort. Quoi d'autre devrait tracer la ligne de démarcation ?" Pas les capacités intellectuelles ni langagières, d'après lui : "[...] un cheval parvenu à maturité ou un chien est par-delà toute comparaison un animal plus sociable et plus raisonnable qu'un nouveau-né d'un jour, d'une semaine ou même d'un mois. [...] La question n'est pas : peuvent-ils raisonner. Ni : peuvent-ils parler ? Mais bien : Peuvent-ils souffrir ?"

Certains détracteurs de la cause animale évoqueront une hyper-sensiblerie ridicule, et je les entends déjà proposer sarcastiquement de ne plus rien manger (après tout, les pommes elles aussi sont vivantes). Attention justement aux amalgames et interprétations fallacieuses. D'une part, il est prouvé que les animaux et en particulier les mammifères et les oiseaux ont les mêmes substrats neurologiques que nous et qu'ils sont des êtres sensibles : ils ressentent le plaisir, l'attachement, la peine, la peur et la douleur... (ce qui, jusqu'à preuve du contraire, n'est pas encore le cas des pommes de terre !) D'autre part, ce n'est pas parce que l'on est antispéciste que l'on place les autres êtres vivants au-dessus de l'homme et que l'on devient un affreux Alceste. L'antispécisme n'est pas, comme certains aimeraient le faire croire, une vision extrémiste ou totalement déconnectée de la réalité.

Aymeric Caron anticipe d'ailleurs toutes les implications possibles de l'arrêt de l'exploitation animale, et admet par exemple qu'un certain nombre d'espèces domestiquées par l'homme disparaîtraient. Il ne nie aucunement les nouvelles problématiques que cela causerait, et c'est justement ça qui est intéressant.

Je recommande ce livre à toutes les personnes qui s'intéressent de près ou de loin à la cause animale, et se posent des questions sur la façon dont nous traitons aujourd'hui les animaux sensibles dans notre société.

Antispéciste : Réconcilier l'humain, l'animal, la nature, d'Aymeric Caron

Rédigé par Perrine

Publié dans #Essais

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