Le héron de Guernica, d'Antoine Choplin

Publié le 29 Octobre 2015

Genre : Roman

Date de parution : 2011

Quatrième de couverture :

Guernica, avril 1937. Jeune peintre autodidacte, Basilio passe son temps dans les marais à observer des hérons cendrés. Ce n'est pas qu'il se sente extérieur au conflit, il a même cherché à s'enrôler dans l'armée républicaine. Mais tandis que les bombardiers allemands sillonnent déjà le ciel, il s'acharne à rendre par le pinceau le frémissement invisible de la vie, dans les plumes d'un de ces oiseaux hiératiques. Dans quelques heures, Guernica sera une ville en cendres, mais c'est un peintre autrement célèbre qui va en rendre compte, magistralement.
L'un comme l'autre, pourtant, le petit peintre de hérons tout autant que le Picasso mondialement connu, nous interrogent sur les tragédies de la guerre et la nécessité de l'art pour en témoigner.

Mon avis :

A Guernica, Basilio, jeune peintre réaliste, tente de reproduire la grâce d'un héron sur sa toile, afin de l'offrir à celle qu'il aime. La beauté de la nature, le pouvoir apaisant de la peinture et le calme des marais s'opposent à l'horreur de la guerre qui fait rage au même moment.

D'un autre côté, Picasso a su représenter l'horreur à Guernica sur sa célèbre toile éponyme, sans y avoir assisté...

Ce livre suggère une rencontre entre ces deux artistes, et la confrontation de leurs courants, réalisme et cubisme. Plein de poésie, il invite le lecteur à réfléchir sur le pouvoir et les limites de la peinture pour exprimer le réel (visible et invisible), et sur le rôle et la subjectivité de l'art... Peindre pour survivre ou pour dénoncer ? Reproduire ou symboliser ?

C'est un livre intrigant, qui pose plus de questions qu'il n'apporte de réponses... et que je lirais bien une deuxième fois !

Voici quelques extraits intéressants :

« Alors je comprends pas, avait dit Basilio.
Qu'est-ce que tu ne comprends pas ?
Je comprends pas comment il peut peindre sur les évènements de Guernica, s'il n'y était pas quand cela s'est produit.
Les artistes peuvent faire ça, avait dit le curé. Tu ne finis pas ta soupe ?
Non. »

***

« Avant de lui poser dans les mains, il faudra lui répéter combien le héron peint est différent du héron que l'on voit et encore plus du héron tout court, tel qu'en lui-même.

Il lui dira aussi qu'il regrette un peu cette idée de lui donner une peinture de héron. Que bien sûr il est heureux de pouvoir lui offrir quelque chose ; et en même temps, que le moindre caillou ramassé par terre aurait sûrement plus de valeur.

Bien entendu, elle protestera. Mais il voudra qu'elle comprenne. Lui offrir un caillou, ce serait l'inviter à porter un regard sur un objet véritable. Sur une chose d'origine, et non pas une esquisse de représentation, forcément imparfaite. »

***

« Basilio se dit qu’il conviendrait peut-être un jour ou l’autre de se résoudre à oublier le héron lui-même pour ne s’intéresser qu’à l’abîme qui s’ouvre à l’interstice de son regard. Plonger un peu là-dedans, et seulement ça.

D’ailleurs, de cette façon, on pourrait au passage abandonner tout le reste. Le héron lui-même donc, son plumage, ses allures fières, la flèche de son bec, mais aussi tout ce qui façonne son environnement. La roselière, les aulnes, les reflets dans l'eau du marais, la couleur du ciel. Dans cette exploration réduite aux entrailles du modèle, on cesserait de se poser la question du dehors ; de la place du dehors dans la peinture. On se dirait que oui, sans doute, la réalité profonde du héron peut être détachée de celle de la matière et des paysages qui l'entourent.

A la vérité, Basilio en douterait plutôt, sans parvenir à distinguer pour de bon ce qui lie ensemble l'une et l'autre de ces réalités. »

***

« Son regard fait plusieurs fois l'aller-retour entre son esquisse et le héron [...].

Il goûte quelque chose de cette œuvre inachevée.

Inachevée, c'est-à-dire en devenir, avec tous les espoirs que cela porte encore. Avec les libertés que ça laisse aussi, dans la lecture des espaces vides. »

***

« Toutes les choses qu'on ne voit pas. Tout ce qui palpite sans figurer sur les images, ce qu'on éprouve avec force et qui se refuse à nos sens premiers. Et dont on voudrait tellement témoigner pourtant. »

***

« C’est d’abord ça qu’il voudrait rendre dans sa peinture. Cette sorte de dignité, qui tient aussi du vulnérable, du frêle, de la possibilité du chancelant. »

***

« C'est drôle quand même. Moi je parle de gars qui se font tuer pendant que toi, tu t'emmerdes à peindre le plumage d'un héron. »

***

« Il lui apparaît que la vérité de ce qu'ils sont en train de vivre, lui et ceux de Guernica dont le cœur n'a cessé de battre, ne peut s’accommoder de découpages. C'est un tout dont on ne peut rien extraire sans risquer la supercherie. Ce qui se voit ne compte pas plus que ce qui reste invisible, que ce qui pourrait apparaître, ou qui se tient en attente derrière les angles de murs ; que ce qui va surgir, d'un instant à l'autre, du ventre des nuages. »

Le héron de Guernica, d'Antoine Choplin

Rédigé par Perrine

Publié dans #Romans

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