Publié le 4 Septembre 2017

Genre : Roman

Date de parution : 2016

Quatrième de couverture :

Lorsque Myriam, mère de deux jeunes enfants, décide malgré les réticences de son mari de reprendre son activité au sein d’un cabinet d’avocats, le couple se met à la recherche d’une nounou. Après un casting sévère, ils engagent Louise, qui conquiert très vite l’affection des enfants et occupe progressivement une place centrale dans le foyer. Peu à peu le piège de la dépendance mutuelle va se refermer, jusqu’au drame.

A travers la description précise du jeune couple et celle du personnage fascinant et mystérieux de la nounou, c’est notre époque qui se révèle, avec sa conception de l’amour et de l’éducation, des rapports de domination et d’argent, des préjugés de classe et de culture. Le style sec et tranchant de Leïla Slimani, où percent des éclats de poésie ténébreuse, instaure dès les premières pages un suspense envoûtant.

Mon avis :

C'est un roman aussi cruel que fascinant.

L'issue fatale, que l'on connaît dès le début (un infanticide et une tentative de suicide), est amenée progressivement par un récit construit en analepse, dans lequel la tension monte inéluctablement. On sait à quelle situation dramatique le récit va aboutir, bien que rien ne laisse présager d'une telle horreur au début de l'histoire : des parents attentifs, un peu "bobos", une nounou (trop) parfaite, si aimante... Et pourtant, le personnage atypique et énigmatique de la nounou nous laisse peu à peu découvrir ses bizarreries, ses failles, son histoire, ce que les médecins nomment "sa mélancolie délirante"... Le drame, latent, approche insidieusement... pendant que le lecteur est plongé en apnée.

Ce livre a obtenu le Prix Goncourt 2016, le Grand Prix des Lectrices de "Elle" 2017 et le Grand Prix des Lycéennes de "Elle" 2017.

Dans le même style, je recommande L'enfant d'octobre de Philippe Besson, et D'après une histoire vraie de Delphine de Vigan, que j'ai tous les deux adorés.

Chanson douce, de Leïla Slimani

Voir les commentaires

Rédigé par Perrine

Publié dans #Romans

Repost 0

Publié le 18 Avril 2017

Genre : Roman

Date de parution : 2013

Quatrième de couverture :

Peut-on trouver une épouse sur mesure ? Le professeur de génétique Don Tillman, génie des sciences mais absolument inapte à vivre en société, en est persuadé. Pour mener à bien son "Projet Épouse", il met au point un questionnaire extrêmement détaillé lui permettant d’éliminer toutes les candidates qui ne répondraient pas à ses exigences. Et celles-ci sont nombreuses, car pour Don, la femme idéale NE DOIT PAS : 1. Fumer et boire. 2. Être végétarienne et aimer la glace à l’abricot. 3. Se lever après 6 heures. Mais elle DOIT : 1. Faire du sport. 2. Être ponctuelle. 3. Accepter le Système de Repas Normalisé qui prévoit du homard au dîner le mardi.

S’il y a bien une personne qui ne remplit aucun des critères établis, c’est Rosie Jarman, étudiante le jour et barmaid la nuit, dont la vie aussi désordonnée que celle de Don est méthodiquement organisée...

Comme ses personnages, Graeme Simsion vit à Melbourne. Il est l’auteur de nouvelles, de pièces de théâtre, de scénarios et de deux ouvrages non romanesques. Le Théorème du homard, son premier roman, a obtenu en 2012 le Victorian Premier’s Literary Award, un prix décerné chaque année à un manuscrit inédit.

Mon avis :

Je suis en ce moment intéressée par le syndrome d'Asperger, à titre personnel et professionnel. Ce sont des recherches de romans à ce sujet qui m'ont orientée vers cette fiction.

Donald Tillman est un sacré personnage : un professeur de génétique surdoué, mais totalement inapte aux relations sociales, vraiment extra et unique en son genre... Il a un petit côté Sheldon Cooper dans la série The Big Bang Theory. Il mène une vie trop bien rangée, ses journées sont savamment préméditées et réglées comme du papier à musique, à l'instar de son Système de Repas Normalisé... Quand Don réalise qu'à son âge, il serait "raisonnable" de trouver une épouse, il concocte un questionnaire complètement loufoque lui permettant de sélectionner sur mesure la femme la plus théoriquement compatible... Heureusement, l'amour n'est pas une science exacte !

J'ai passé un très bon moment... Humour garanti !

N.B. : Dans un genre à peu près similaire, je recommande Le Théorème des Katherine, de John Green : l'histoire d'un jeune surdoué qui cherche un théorème mathématique pour modéliser les relations amoureuses.

Le Théorème du homard, de Graeme Simsion

Voir les commentaires

Rédigé par Perrine

Publié dans #Humour

Repost 0

Publié le 4 Avril 2017

Genre : Essai

Date de parution : 2016

Quatrième de couverture :

« L'antispécisme milite pour l'intégration de tous les êtres vivants sensibles dans une même famille de considération morale. Vu sous un autre angle, cela signifie que l'antispécisme revendique l'appartenance de l'espèce humaine à une communauté beaucoup plus large qu'elle-même, celle des animaux. Il s'agit de notre communauté initiale, dont nous
ne sommes jamais sortis, malgré nos tentatives désespérées pour le faire croire et l'obstination à renier nos origines. Nous ne sommes que les jeunes visiteurs d'un zoo égaré au milieu de nulle part. »

Antispéciste explore la génétique, la cosmologie, l'éthologie, le droit et la philosophie pour expliquer pourquoi nous sommes tenus aujourd'hui d'accorder certains droits fondamentaux aux animaux non humains sensibles. Mais cette extension de notre sphère de considération morale s'inscrit dans une réflexion beaucoup plus large. En invitant à repenser le vivant et la place de l'homme dans l'univers, Antispéciste décrypte les raisons de l'échec de l'écologie politique traditionnelle et propose un nouveau projet nommé l'écologie essentielle, qui doit aboutir à une réforme constitutionnelle pour prendre en compte la valeur intrinsèque de tous les êtres vivants.

Antispéciste pose également des questions inédites : qui sont les animalosceptiques ? Pourquoi l'antispécisme est-il un combat social ? Pourquoi Superman est-il un superhéros antispéciste ? Pourquoi le vrai but de l écologie est-il en réalité de faire sortir l'homme de la nature ? Qu'est-ce que la réduction de l'empreinte négative ? Pourquoi les éleveurs ont-ils intérêt à rejoindre les antispécistes ?

Antispéciste est un appel au soulèvement des consciences. Un appel à la révolte individuelle. Un appel à un nouvel humanisme.

Aymeric Caron est journaliste et écrivain. Il est l'auteur d Envoyé Spécial (2003), No Steak (2013) et Incorrect (2014). Il invite à une nouvelle réflexion sur la nature et les droits des animaux.

Mon avis :

Tout d'abord je tiens à préciser que cette lecture fait partie de celles qui dérangent, en remettant en cause notre modèle actuel de société. Conservateurs, si vous lisez ce blog...

D'ailleurs je ne pense pas qu'une personne non sensibilisée au préalable sur le sujet puisse changer de but en blanc ses opinions et son mode de consommation après la lecture de ce livre. Le croire serait aussi utopique que dangereux, car chacun doit pouvoir prendre le temps de se forger son opinion, à partir de sources diverses. Cela dit, ce livre constitue une bonne ouverture sur le sujet car il l'aborde dans sa globalité et est suffisamment documenté pour engager le lecteur dans des réflexions pertinentes et en toute connaissance de cause. L'auteur, journaliste engagé, anticipe et analyse méticuleusement tous les arguments potentiels de ses détracteurs afin d'y confronter les siens.

Je connaissais déjà un peu l'antispécisme, en particulier par le biais de la revue Cahiers antispécistes et de l'association L214, et j'avais d'ailleurs déjà publié sur ce blog des extraits d'Earthforce de Paul Watson (un livre qui m'a marquée et converge vers ces idées, quoique peut-être un peu plus virulent car il s'adresse déjà à un public de militants convaincus). Je suggère également la lecture du Parfum d'Adam de Jean-Christophe Rufin, qui pose justement les limites et les dangers de tout aveuglement pour une thèse, quelle qu'elle soit. Voici les liens vers les articles respectifs :

- http://grainedelivre.over-blog.com/2016/02/citations-de-earthforce-de-paul-watson.html

- http://grainedelivre.over-blog.com/2017/01/le-parfum-d-adam-de-jean-christophe-rufin.html

Ce que j'ai apprécié dans Antispéciste, c'est qu'Aymeric Caron creuse dans une multitude de directions pour aborder le sujet : philosophie morale, cosmologie, génétique, éthologie, écologie, droit, politique, économie, santé publique. Pour autant, et c'est ça qui fait la richesse du débat, je ne suis pas d'accord avec tout ce qu'il avance, notamment au sujet de sa critique de l'écologie politique.

L'idée, c'est qu'il faut tenir compte des avancées scientifiques relativement récentes qui prouvent de plus en plus l'intelligence des animaux : les mammifères (rats, porcs, dauphins), les oiseaux (corbeaux, perroquets, poules) mais aussi les abeilles, les fourmis, les poulpes... Si notre société est depuis longtemps omnivore, on ne peut pas, sous couvert de tradition, voiler la réalité et continuer à traiter des êtres sensibles comme des objets à vendre, exploiter et consommer, en négligeant leurs besoins physiologiques primaires (les conditions d'élevage, si l'on se renseigne un minimum, sont en effet catastrophiques). Les cirques et les zoos sont également concernés. Si, comme l'auteur l'explique, on restait fidèle à nos "traditions", on soutiendrait encore que la Terre est plate et l'esclavage existerait encore...

Et il va d'autant plus falloir changer nos habitudes de consommation que l'élevage intensif (et il l'est forcément compte tenu de l'accroissement de la population humaine mondiale) est une catastrophe environnementale (consommation d'eau, alimentation du bétail, émissions de gaz à effets de serre), économique (les éleveurs vivent actuellement plus de subventions que des revenus tirés de leur activité), sanitaire (antibiorésistance, grippe aviaire) et j'en passe !

Notre société est actuellement spéciste parce qu'elle considère par exemple qu'un chat a le droit d'être choyé dans un foyer tandis qu'un porc ou un canard peuvent vivre dans des conditions abominables, entassés les uns sur les autres et sans voir la lumière du jour, puisqu'ils sont destinés à être consommés... Le spécisme, en traitant différemment les individus en fonction de leur appartenance à telle ou telle espèce, serait donc l'équivalent du racisme. En 1789, dans son Introduction au principe de morale et de législation, Bentham écrivait déjà : "Peut-être le jour viendra où le reste du règne animal retrouvera ces droits qui n'auraient jamais pu lui être enlevés que par la tyrannie. Les Français ont déjà réalisé que la peau foncée n'est pas une raison pour abandonner sans secours un être aux caprices d'un persécuteur. Peut-être finira-t-on un jour par s'apercevoir que le nombre de jambes, la pilosité de la peau ou l'extrémité de l'os du sacrum sont des raisons tout aussi insuffisantes d'abandonner une créature sensible au même sort. Quoi d'autre devrait tracer la ligne de démarcation ?" Pas les capacités intellectuelles ni langagières, d'après lui : "[...] un cheval parvenu à maturité ou un chien est par-delà toute comparaison un animal plus sociable et plus raisonnable qu'un nouveau-né d'un jour, d'une semaine ou même d'un mois. [...] La question n'est pas : peuvent-ils raisonner. Ni : peuvent-ils parler ? Mais bien : Peuvent-ils souffrir ?"

Certains détracteurs de la cause animale évoqueront une hyper-sensiblerie ridicule, et je les entends déjà proposer sarcastiquement de ne plus rien manger (après tout, les pommes elles aussi sont vivantes). Attention justement aux amalgames et interprétations fallacieuses. D'une part, il est prouvé que les animaux et en particulier les mammifères et les oiseaux ont les mêmes substrats neurologiques que nous et qu'ils sont des êtres sensibles : ils ressentent le plaisir, l'attachement, la peine, la peur et la douleur... (ce qui, jusqu'à preuve du contraire, n'est pas encore le cas des pommes de terre !) D'autre part, ce n'est pas parce que l'on est antispéciste que l'on place les autres êtres vivants au-dessus de l'homme et que l'on devient un affreux Alceste. L'antispécisme n'est pas, comme certains aimeraient le faire croire, une vision extrémiste ou totalement déconnectée de la réalité.

Aymeric Caron anticipe d'ailleurs toutes les implications possibles de l'arrêt de l'exploitation animale, et admet par exemple qu'un certain nombre d'espèces domestiquées par l'homme disparaîtraient. Il ne nie aucunement les nouvelles problématiques que cela causerait, et c'est justement ça qui est intéressant.

Je recommande ce livre à toutes les personnes qui s'intéressent de près ou de loin à la cause animale, et se posent des questions sur la façon dont nous traitons aujourd'hui les animaux sensibles dans notre société.

Antispéciste : Réconcilier l'humain, l'animal, la nature, d'Aymeric Caron

Voir les commentaires

Rédigé par Perrine

Publié dans #Essais

Repost 0

Publié le 2 Avril 2017

Genre : Essai

Date de parution : 2011

Quatrième de couverture :

Vous trouverez dans ce livre des histoires de criminels invisibles, de canots de sauvetage qui risquent de couler si on ne sacrifie pas un passager, de machines à donner du plaisir que personne n'a envie d'utiliser, de tramways fous qu'il faut arrêter par n'importe quel moyen, y compris en jetant un gros homme sur la voie.
Vous y lirez des récits d'expériences montrant qu'il faut peu de choses pour se comporter comme un monstre, et d'autres expériences prouvant qu'il faut encore moins de choses pour se comporter quasiment comme un saint : une pièce de monnaie qu'on trouve dans la rue par hasard, une bonne odeur de croissants chauds qu'on respire en passant.
Vous y serez confrontés à des casse-tête moraux. Est-il cohérent de dire : "Ma vie est digne d'être vécue, mais j'aurais préféré de ne pas naître" ? Est-il acceptable de laisser mourir une personne pour transplanter ses organes sur cinq malades qui en ont un besoin vital ? Vaut-il mieux vivre la vie brève et médiocre d'un poulet d'élevage industriel ou ne pas vivre du tout ?
Cependant, le but de ce livre n'est pas de montrer qu'il est difficile de savoir ce qui est bien ou mal, juste ou injuste. Il est de proposer une sorte de boîte à outils intellectuels pour affronter le débat moral sans se laisser intimider par les grands mots ("dignité", "vertu", "devoir", etc.), et les grandes déclarations de principe ("Il ne faut jamais traiter une personne comme un simple moyen", etc.).
C'est une invitation à faire de la philosophie morale autrement, à penser l'éthique librement.

Ruwen Ogien est directeur de recherches au CNRS.

Mon avis :

S'il n'apporte pas de réponses toutes faites - loin s'en faut, et heureusement ! -, ce livre a le mérite de poser les bonnes questions et d'apporter des pistes de réflexions intéressantes selon différents courants de pensée : déontologisme Kantien, conséquentialisme ou éthique des vertus. Il met en confrontation nos diverses intuitions morales face à des expériences de pensée, tente d'apporter leurs justifications mais pose aussi leurs limites et leurs contradictions.

Avortement, procréation médicalement assistée, mères porteuses, clonage, OGM, exploitation  animale, utilitarisme... Il pose des questions complexes et apporte des éclairages théoriques pertinents pour ouvrir des débats riches et passionnants. Je le recommande à toutes les graines de philosophes !

L'influence de l'odeur des croissants chauds sur la bonté humaine, et autres questions de philosophie morale expérimentale, de Ruwen Ogien

Voir les commentaires

Rédigé par Perrine

Publié dans #Essais

Repost 0

Publié le 2 Avril 2017

Voici un magnifique tableau, personnalisé et unique, que j'ai reçu en cadeau !

Birds have wings, Humans have books...

Voir les commentaires

Rédigé par Perrine

Publié dans #Citations

Repost 0

Publié le 26 Février 2017

Genre : Essai (presse universitaire)

Date de parution : 2011

Quatrième de couverture :

Après Introduction à Jean Piaget  (1997), qui permettait de se familiariser avec les principaux concepts piagétiens et Inventer, compter et classer (2005) qui éclairait deux grands ouvrages piagétiens : La genèse du nombre et La genèse des structures logiques élémentaires, Annie Chalon-Blanc propose avec Piaget – Constructivisme-Intelligence –, un troisième manuel qui est un pari sur l’avenir de la théorie de Jean Piaget.

Deux thèmes sont  susceptibles, selon elle, de passer à la postérité : le constructivisme ou comment le sujet se construit progressivement un réel intelligible et la réversibilité des actes et/ou de la pensée, source de l’intelligence. Le constructivisme, car il apporte une réponse claire et originale à la question des rôles respectifs du sujet et des objets dans l’élaboration des connaissances. La réversibilité, parce que cette capacité qu’a le sujet de se saisir des actions disparues des données perceptives et de les composer entre elles pour déduire un élément commun, en dépit de leurs disparités, reste une conception révolutionnaire de l’intelligence. Des textes brefs peu célèbres mais explicites de Jean Piaget viennent enrichir les deux thèmes retenus.

L'auteur laisse délibérément de côté, ou presque, quelques notions classiques : les stades, le sujet épistémique, la filiation des structures, et autres, qui ont fait couler beaucoup d’encre au siècle dernier.

L’originalité de Jean Piaget est le propos essentiel de ce manuel destiné en priorité aux étudiants en psychologie, en sciences de l’éducation et aux futurs professeurs d’école, mais aussi à tous les professeurs et éducateurs spécialisés, qui trouveront dans le rapport des expériences simples et élégantes menées à Genève, des explications possibles des retards cognitifs auxquels ils sont confrontés, et des pistes de travail de rééducation.

Mon avis :

Je m'intéresse beaucoup à la construction de la logique chez l'enfant, de par ma profession d'orthophoniste et mes projets de formations complémentaires (entre autres le GEPALM, Groupe d'Etude sur la Psychopathologie des Activités Logico-Mathématiques). Je suis tout particulièrement intéressée par la théorie piagétienne : le constructivisme. C'est pourquoi je me suis lancée dans la lecture d'ouvrages, parmi lesquels La représentation du monde chez l'enfant, La psychologie de l'intelligence et Six études de psychologie de Jean Piaget, ou encore celui-ci (Piaget - Constructivisme - Intelligence, L'avenir d'une théorie) de Annie Chalon-Blanc, qui se veut peut-être un peu plus impartial, et qui a le mérite de prendre en compte les nouvelles données de la recherche en psychologie cognitive, pour ne retenir de Piaget que ce qui, d'après l'auteure, "passera à la postérité".

Ce qui me passionne particulièrement en psycho-pédagogie, c'est de n'avoir de cesse de se mettre au niveau de l'enfant, à sa place pour concevoir sa pensée et imaginer ce qui peut lui être accessible (autrement dit se mettre dans sa "zone proximale de développement", notion empruntée à Vygotski). En effet, beaucoup de choses nous paraissent évidentes pour nous, adultes, alors qu'elles sont le fruit de plusieurs années de construction active et de remaniement de notre pensée, et sont donc loin d'être des évidences acquises pour l'enfant tout venant, y compris celui ayant un développement normal et non pathologique.

J'ai apprécié dans cet essai les nombreuses citations d'expériences de Piaget, qui sont recontextualisées et expliquées par l'auteure, Maître de conférences en psychologie du développement.

Voici quelques exemples d'expériences surprenantes au sujet de la pensée de l'enfant, qui m'ont marquée et que je cite expressément car je ne saurais évidemment mieux les expliquer que l'auteur en personne :

- "[...] la référence correcte des objets désignés par les préconcepts et les concepts intuitifs est parfois instable : la lune est démultipliée en fonction de ses formes différentes, tandis que les limaces sont singularisées parce qu'elles ont toutes le même aspect" (in La psychologie de l'intelligence, de Piaget) ;

- "Deux mobiles A et B partent ensemble du même point dans la même direction. Bien que l'un dépasse l'autre, les jeunes sujets disent qu'ils partent en même temps, mais qu'ils ne s'arrêtent pas au même moment, tout en reconnaissant que lorsque l'un s'arrête, l'autre ne marche plus ! Quand cette simultanéité des arrêts, niée jusque vers 6 ans, est reconnue, le sujet continue de ne pas croire à l'égalité de ces durées synchrones, et cela jusque vers huit ans. Les simultanéités des durées sont ainsi réduites à l'équation : plus vite = plus de temps" (in Psychologie et épistémologie, de Piaget) ;

- "Dans le cas d'une boîte contenant un jeton blanc et deux rouges, si l'on demande aux jeunes sujets la couleur qui a le plus de chances de sortir en ne prenant qu'un seul jeton, ils répondent en général : "le blanc puisqu'il n'y en a justement qu'un". Dès sept ou huit ans au contraire, il y a début de quantification de la probabilité" (in Logique et connaissance scientifique, de Piaget).

En bref, ce n'est pas une lecture facile, mais elle est accessible si l'on est concentré et prend le temps de la réflexion, et je l'ai trouvée vraiment passionnante. Pour les intéressés, je recommande également le site du GEPALM et le blog d'Annie Chalon-Blanc, ainsi que l'ouvrage Introduction à Jean Piaget, de cette même auteure.

Piaget - Constructivisme - Intelligence, L'avenir d'une théorie, de Annie Chalon-Blanc

Voir les commentaires

Rédigé par Perrine

Publié dans #Essais

Repost 0

Publié le 29 Janvier 2017

Genre : Roman (thriller)

Date de parution : 2007

Quatrième de couverture :

Juliette est une jeune militante écologiste, fragile et idéaliste. Elle participe à une opération commando pour libérer des animaux de laboratoire. Cette action apparemment innocente va l'entraîner au cœur d'un complot sans précédent qui, au nom de la planète, prend ni plus ni moins pour cible l'espèce humaine.

L'agence de renseignements privée « Providence », aux États-Unis, est chargée de l'affaire. Elle recrute deux anciens agents, Paul et Kerry, qui ont quitté les services secrets pour reprendre des études, l'un de médecine, et l'autre de psychologie. Leur enquête va les plonger dans l'univers terrifiant de l'écologie radicale et de ceux qui la manipulent. Car la défense de l'environnement n'a pas partout le visage sympathique qu'on lui connaît chez nous. La recherche d'un Paradis perdu, la nostalgie d'un temps où l'homme était en harmonie avec la nature peuvent conduire au fanatisme le plus meurtrier.

Du Cap-Vert à la Pologne, du Colorado jusqu'aux métropoles brésiliennes, Le parfum d'Adam est un thriller planétaire haletant. Mais ce roman d'aventures est aussi un voyage littéraire, où l'on retrouve les portraits, les paysages et l'humour qui ont fait le succès de L'Abyssin ou de Rouge Brésil.

Mon avis :

J'admire l'éclectisme de Jean-Christophe Rufin. C'est un homme qui excelle dans de nombreux domaines : non seulement la médecine, l'humanitaire, l'histoire, la diplomatie et la politique, mais aussi, non des moindres, la littérature.

Ce roman de plus de 700 pages constitue un sacré travail de recherche et de réflexion sur l'écoterrorisme ; c'est un thriller rondement mené, à la fois captivant, réaliste et pertinent.

J'ai trouvé le thème de l'écoterrorisme extrêmement intéressant. En effet, je partage de nombreuses convictions tirées de l'écologie et de l'antispécisme, comme quoi l'Homme n'est qu'une espèce parmi d'autres sur le vaisseau Terre, qui a pris le dessus, n'ayant plus de prédateur naturel et en pleine expansion démographique grâce aux progrès de la médecine et de l'agroalimentaire. L'Homme est responsable aujourd'hui de la déforestation, du réchauffement climatique, de l'acidification des océans et de la 6ème extinction massive des espèces (cf. mon article sur le roman éponyme d'Elizabeth Kolbert).

Les partisans de l'écoterrorisme partagent cette thèse et pensent que la survie de la planète est subordonnée au contrôle des populations humaines ; personne ne peut nier qu'une planète aux ressources limitées ne peut subvenir à un nombre infiniment croissant d'humains. Jusque là, rien de très choquant, tant qu'il ne s'agit que de théorie. Ces idées, en effet, sont admissibles d'un point de vue théorique et logique, mais dérangeantes, voire choquantes, d'un point de vue éthique ! Les idées de Malthus s'en rapprochent et franchissent un cap : celui-ci soutenait que les famines, les épidémies et les guerres n'étaient que des moyens naturels de régulation des populations humaines, et qu'il ne fallait donc pas chercher à les enrayer. William Aiken disait même : "Une mortalité humaine massive serait une bonne chose. [...] C'est le devoir de notre espèce, vis-à-vis de notre milieu, d'éliminer 90% de nos effectifs" !

Rufin, dans son roman, imagine donc un groupe d'écologistes radicaux qui prennent pour cible l'espèce humaine, et cherchent des moyens concrets pour rétablir les équilibres naturels...

La question, politiquement incorrecte, à la fois inquiétante et passionnante, que je me suis posée est la suivante : entre les thèses écologistes et antispécistes, qui replacent l'homme au centre de la nature comme une espèce parmi tant d'autres (cf. mon article sur Earthforce, de Paul Watson, qui combat l'anthropocentrisme) et le malthusianisme, y a-t-il un monde, un fossé ou bien une frontière ambiguë et ténue ? En effet, ne justifie-t-on pas la chasse comme un moyen de régulation des espèces animales au nom de l'équilibre de la biodiversité ? Dans ce cas, pourquoi ne pas appliquer cette thèse aux humains, qui sont les premiers responsables de la destruction de la nature ? Évidemment mon humanisme ne peut que réfuter fermement de telles idées (que j'aurais envie d'appeler inepties !), mais je trouve la question, quoique polémique, suffisamment intéressante pour être posée...

Le parfum d'Adam, de Jean-Christophe Rufin

Voir les commentaires

Rédigé par Perrine

Publié dans #Romans

Repost 0

Publié le 18 Janvier 2017

Genre : Nouvelle

Date de parution : 1947

Quatrième de couverture :

Lafleur est un peintre au talent extraordinaire. Non que ses tableaux soient d'une qualité artistique hors du commun, mais ils ont la faculté de rassasier ceux qui les regardent. Comme s'ils venaient d'avaler un bon pâté en croûte ou une crème au chocolat ! Un tel don ne peut laisser longtemps indifférents journalistes et marchands d'art... Une savoureuse nouvelle fantastique qui décrit avec humour et ironie le milieu de l'art.

Mon avis :

Voici une nouvelle extraite du recueil Le Vin de Paris, à la touche fantastique digne du Passe-muraille : un peintre dont les tableaux seraient dotés de vertus nutritives...

Outre cette idée amusante, j'ai vraiment bien aimé l'ironie de l'auteur au sujet des critiques d'art, parfois si insensés, pompeux et péremptoires...

Entre les discours aussi raffinés que ridicules de ces "connaisseurs" au sujet des tableaux de Lafleur, les diatribes malhonnêtes de son rival jaloux et la cupidité du marchand d'art, chacun cherche à tirer son épingle du jeu, et la nouvelle ne manque pas d'humour !

Plusieurs questions intéressantes peuvent d'ailleurs être soulevées : Faut-il nécessairement être un "expert" pour apprécier l'art ? Comment un critique peut-il prétendre interpréter une œuvre dont il n'est pas le créateur ? D'où vient la valeur pécuniaire astronomique de certains objets d'art, et est-elle justifiable ?

La bonne peinture, de Marcel Aymé

Voir les commentaires

Rédigé par Perrine

Publié dans #Nouvelles

Repost 0

Publié le 18 Janvier 2017

Genre : Roman

Date de parution : 2015

Quatrième de couverture :

« Ce livre est le récit de ma rencontre avec L. L. est le cauchemar de tout écrivain. Ou plutôt le genre de personne qu’un écrivain ne devrait jamais croiser. »

Dans ce roman aux allures de thriller psychologique, Delphine de Vigan s’aventure en équilibriste sur la ligne de crête qui sépare le réel de la fiction. Ce livre est aussi une plongée au cœur d’une époque fascinée par le Vrai.

Mon avis :

Ce roman a obtenu le prix Renaudot et le prix Goncourt des lycéens de l'année 2015. Je l'ai trouvé absolument haletant, subjuguant à l'instar du personnage de L. Je n'ai pas pu le lâcher et l'ai lu d'une traite... Que dire de plus pour donner envie de le lire ? Peut-être que c'est, à ce jour, mon roman préféré de Delphine de Vigan.

Fiction ou réalité, D'après une histoire vraie est pour le moins troublant, et porte bien son nom. Psychologiquement, c'est un coup de maître avec un savant mélange de réalisme et de fantastique, et une dimension psychiatrique teintée de paranoïa et de schizophrénie. Sans parler de la fin... absolument jouissive ! Je le recommande sincèrement.

D'après une histoire vraie, de Delphine de Vigan

Voir les commentaires

Rédigé par Perrine

Publié dans #Romans

Repost 0

Publié le 14 Janvier 2017

1- Les Fleurs bleues, de Raymond Queneau (1965)

L’Écume des jours, de Boris Vian (1947)

Le Grand Meaulnes, d'Alain-Fournier (1913)

Madame Bovary, de Gustave Flaubert (1857)

Les liaisons dangereuses, de Pierre Choderlos de Laclos (1782)

Les Nourritures terrestres, d'André Gide (1897)

La Princesse de Clèves, de Madame de La Fayette (1678)

Le Petit Prince, d'Antoine de Saint-Exupéry (1943)

Des souris et des hommes, de John Steinbeck (1937)

10- Gros-Câlin, de Romain Gary (1974)

L’Élégance du hérisson, de Muriel Barbery (2006)

La Confusion des sentiments, de Stefan Zweig (1927)

La Promesse de l'aube, de Romain Gary (1960)

L'Arrache-cœur, de Boris Vian (1953)

Une vie, de Guy de Maupassant (1883)

Orgueil et Préjugés, de Jane Austen (1813)

Tu pourrais rater intégralement ta vie, de Toni Jordan (2008)

La solitude des nombres premiers, de Paolo Giordano (2008)

Le Scaphandre et le Papillon, de Jean-Dominique Bauby (1997)

20- Le Bizarre Incident du chien pendant la nuit, de Mark Haddon (2003)

La Petite Fille de Monsieur Linh, de Philippe Claudel (2005)

Hygiène de l'assassin, d'Amélie Nothomb (1992)

La Mare au diable, de George Sand (1846)

La Petite Fadette, de George Sand (1849)

Des Bleus à l'âme, de Françoise Sagan (1972)

D'après une histoire vraie, de Delphine de Vigan (2015)

Ensemble, c'est tout, d'Anna Gavalda (2004)

La femme au miroir, d'Eric-Emmanuel Schmitt (2011)

Charlotte, de David Foenkinos (2014)

30- L’Étranger, d'Albert Camus (1942)

Le Sagouin, de François Mauriac (1951)

Que ma joie demeure, de Jean Giono (1935)

Les Faux-monnayeurs, d'André Gide (1925)

Le Cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates, de Mary Ann Shaffer et Annie Barrows (2008)

L'Enfant plume, de Janine Teisson (1999)

Le Magicien d'Oz, de Lyman Frank Baum (1900)

L’Évangile selon Pilate, d'Eric-Emmanuel Schmitt (2000)

Un Secret, de Philippe Grimbert (2004)

La Délicatesse, de David Foenkinos (2009)

40- Ouest, de François Vallejo (2006)

Le Goût des pépins de pomme, de Katharina Hagena (2010)

Le confident, d'Hélène Grémillon (2010)

Syngué Sabour, d’Atiq Rahimi (2008)

La trahison de Thomas Spencer, de Philippe Besson (2009)

Grâce et dénuement, d'Alice Ferney (1997)

Les poissons ne ferment pas les yeux, d'Erri De Luca (2011)

L'enfant d'octobre, de Philippe Besson (2006)

Les Faux-fuyants, de Françoise Sagan (1991)

La joueuse de go, de Shan Sa (2001)

50- La Ferme des animaux, de George Orwell (1945)

De l'amour et autres démons, de Gabriel Garcia Marquez (1994)

Une bonne raison de se tuer, de Philippe Besson (2012)

Les Racines du ciel, de Romain Gary (1956)

Plonger, de Christophe Ono-Dit-Biot (2013)

Réparer les vivants, de Maylis de Kerangal (2014)

La Peste, d’Albert Camus (1947)

Les Mots, de Jean-Paul Sartre (1964)

Le Procès, de Franz Kafka (1925)

Le Liseur, de Bernhard Schlink (1995)

60- Le liseur du 6h27, de Jean-Paul Didierlaurent (2014)

Le Poids du papillon, d'Erri De Luca (2009)

Le Cœur cousu, de Carole Martinez (2007)

La Pitié dangereuse, de Stefan Zweig (1939)

L'Elégance des veuves, d'Alice Ferney (1995)

Le héron de Guernica, d'Antoine Choplin (2011)

Porte de la paix céleste, de Shan Sa (1997)

En l’absence des hommes, de Philippe Besson (2001)

Un instant d'abandon, de Philippe Besson (2005)

Le Secret, de Frédéric Lenoir (2001)

70- Maintenant qu'il fait tout le temps nuit sur toi, de Mathias Malzieu (2005)

Sa Majesté des mouches, de William Golding (1954)

Dix petits nègres, d'Agatha Christie (1939)

Le Démon et mademoiselle Prym, de Paulo Coelho (2000)

La Perle, de John Steinbeck (1947)

Acide sulfurique, d'Amélie Nothomb (2005)

Billie, d'Anna Gavalda (2013)

Pierre et Jean, de Guy de Maupassant (1888)

Gatsby le magnifique, de Francis Scott Fitzgerald (1925)

Cette vie ou celle d'après, de Christian Signol (2003)

80- Les Heures souterraines, de Delphine de Vigan (2009)

La Consolante, d'Anna Gavalda (2008)

Le nœud de vipères, de François Mauriac (1932)

Le Démon de minuit, d'Hervé Bazin (1988)

Vipère au poing, d'Hervé Bazin (1948)

La mort du petit cheval, d'Hervé Bazin (1950)

Cri de la chouette, d'Hervé Bazin (1972)

Alexis ou le Traité du vain combat, de Marguerite Yourcenar (1929)

L'Amant de la Chine du Nord, de Marguerite Duras (1991)

Cosmétique de l'ennemi, d'Amélie Nothomb (2001)

90- Parce que je t'aime, de Guillaume Musso (2007)

Charlie et la Chocolaterie, de Roald Dahl (1964)

Contours du jour qui vient, de Léonora Miano (2006)

Les aubes écarlates, de Léonora Miano (2009)

La saison de l'ombre, de Léonora Miano (2013)

Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur, de Harper Lee (1960)

Un barrage contre le Pacifique, de Marguerite Duras (1950)

Rien ne s'oppose à la nuit, de Delphine de Vigan (2011)

La Mécanique du cœur, de Mathias Malzieu (2007)

L'Alchimiste, de Paulo Coelho (1988)

100- La Métamorphose, de Franz Kafka (1915)

L'Ami retrouvé, de Fred Uhlman (1971)

Beignets de tomates vertes, de Fannie Flagg (1987)

Le Cœur est un chasseur solitaire, de Carson McCullers (1940)

Le collier rouge, de Jean-Christophe Rufin (2014)

Micromégas, de Voltaire (1752)

Le meilleur des mondes, d'Aldous Huxley (1932)

Colline, de Jean Giono (1929)

L'Oiseau bariolé, de Jerzy Kosinski (1965)

Cent ans de solitude, de Gabriel Garcia Marquez (1967)

110- Novembre, de Gustave Flaubert (1842)

Une balle perdue, de Joseph Kessel (1935)

Le Diable au corps, de Raymond Radiguet (1923)

La condition pavillonnaire, de Sophie Divry (2014)

Un brillant avenir, de Catherine Cusset (2008)

Lady L., de Romain Gary (1958)

Gargantua, de François Rabelais (1534)

Le Portrait de Dorian Gray, d'Oscar Wilde (1890)

Simple, de Marie-Aude Murail (2004)

La liste de mes envies, de Grégoire Delacourt (2012)

120- La guerre des boutons, de Louis Pergaud (1912)

Rosa candida, d'Audur Ava Olafsdottir (2010)

Journal d'un vampire en pyjama, de Mathias Malzieu (2016)

Adolphe, de Benjamin Constant (1816)

Lorsque j'étais une œuvre d'art, d'Eric-Emmanuel Schmitt (2002)

Le marin de Gibraltar, de Marguerite Duras (1952)

Et il dit, d'Erri De Luca (2011)

Veronika décide de mourir, de Paulo Coelho (1998)

La Fille du capitaine, d'Alexandre Pouchkine (1836)

Les Âmes grises, de Philippe Claudel (2003)

130- La Femme qui attendait, d'Andreï Makine (2004)

***

A noter que :

- Ce classement n'est vraiment pas facile !

- Il est bien sûr susceptible d'évoluer encore au fil de mes lectures (et je l'espère !)

- Il exclut toutes les formes de genres littéraires autres que les romans (théâtre, poésie...)

- Mes choix ont certainement été influencés par le contexte de lecture de ces romans.

Mes 130 romans préférés

Voir les commentaires

Rédigé par Perrine

Publié dans #Top

Repost 0